L'expression soldée de la semaine : faire une belle jambe

Clément Solym - 31.01.2008

Patrimoine et éducation - Scolarité France - expression - soldes - faire


Moi, les soldes, j’aime pas ça ! D’abord parce que j’ai pas assez de sous pour les faire, ensuite parce qu’il y a trop de monde dans les boutiques (et j’aime pas le monde), et enfin parce que, je ne supporte pas que ma femme me demande mon avis sur les centaines de fringues qu’elle essaye. Quoiqu’il arrive il y a toujours des questions pièges. Du style, « et cette jupe tu trouves qu’elle me fait de belles jambes ? », ben j’en sais rien moi, que répondre. Une jupe ne rend pas les jambes belles… Et là c’est le drame, elle devient toute rouge, de la fumée sort de ses narines et elle me hurle dessus sans aucune conscience des gens autour de nous « Quoi alors tu ne trouves pas mes jambes belles, hein !? Là tu t’es trahi, Judas, cloporte, édredon…. Tu pourras courir pour que je te parle à nouveau ! » Bref tout ça pour dire que moi, et ben oui, rester au bureau et ne pas faire les soldes ça me fait « une belle jambe ! » Na.

En parlant de « faire une belle jambe », je vais profiter de ce temps de détente au bureau, pour vous raconter l’origine de cette expression. C’est toujours ça que les soldes n’auront pas ! Et vous allez voir que c’est toujours une question de mode, mais non pas de mode féminine comme on aurait pu le croire….

Au XVIe siècle, les hommes abandonnèrent les robes pour les chausses. Les chausses étaient ce qui servait plus ou moins de pantalons à l’époque. Elles étaient composées de deux parties. La partie supérieure (des hanches aux genoux) s’appelait haut-de-chausses, la partie inférieure s’appelait bas-de-chausses ou bas. Les jambes devinrent avec les chausses un objet d’admiration, enfin ça dépendait des jambes, j’imagine. Disons qu’on les remarquait plus volontiers.

Au XVIIe siècle, l’expression « faire la belle jambe » apparue. Elle s’appliquait souvent aux jeunes galants, un peu coquet et signifiait se pavaner ou faire le beau. Cela était certainement dû à cette nouvelle mode qui consistait à accrocher des rubans sur les bas en soies délicatement moulés sur le galbe de la jambe. À ce propos Claude Duneton me glisse une citation, de Diderot, à l’oreille, que je ne peux m’empêcher de vous restituer : « Un homme qui marche et qui fait la belle jambe, est faux et maniéré ». Pour l’instant nous sommes proches de la forme de l’expression telle que nous la connaissons mais plutôt loin de son sens et surtout de sa petite touche d’ironie.

Il existait aussi une autre expression que l’on retrouve chez Furetière : « On dit aussi à celui qui propose de faire une chose dont on ne tirera aucun avantage : Cela ne me rendra pas la jambe mieux faite ». Dans celle-ci, on retrouve enfin l’ironie mais pas vraiment la forme. Ainsi, les deux expressions ont dû se télescoper pour ne devenir plus que celle que nous connaissons.

Finalement quand votre femme vous demande si telle ou telle jupe lui fait de belles jambes, pourquoi prendre la question à l’ironie et détourner le sujet. Pourquoi ne pas se demander, tout simplement si dans cette jupe, elle pourrait « faire la belle » en tout état de cause? C'est-à-dire si elle met bien en valeur la beauté de votre femme, la finesse de ses hanches, le galbe de ses jambes… Ah les soldes ça me retourne moi, vivement que ça se termine !

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Editeur : Attila
Genre : autobiographies...
Total pages : 48
Traducteur :
ISBN : 9782917084663

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