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L'île Saint-Louis fait une place à Aragon

Clément Solym - 27.03.2012

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Louis Aragon - inauguration - Bertrand Delanoë


Et oui : jusqu'à présent, le dédale de la capitale ne rendait pas hommage à l'un de ses plus flamboyants poètes. La lacune est désormais comblée, tout comme les admirateurs, avec l'inauguration ce matin-même de la Place Louis Aragon, « sur la pointe ouest de l'Ile Saint-Louis, dans le 4e » comme le précisait le communiqué de presse. On a pensé à prendre notre boussole.

 

Même si la future place s'abrite sous l'ombre des immeubles, l'inauguration s'annonce comme un bain de soleil et de foule, tant les personnalités, les amateurs et autres spécialistes ont fait le déplacement. Éthique et Infini, d'Emmanuel Lévinas, dépasse d'une poche : on n'est pas n'importe où, quand même. Dominique Bertinotti, Maire du 4ème arrondissement, prend la parole, se dit « très honorée » et choisit très vite de lire quelques lignes de Pour toi, extrait du Nouveau crève-coeur.

 

 

Un poème vaut mieux qu'un long discours, on approuve, même si les premières lignes mettent l'ambiance : « Je me souviens d'une prison/Qui n'avait ni rime ni raison/Je me souviens d'un cimetière/Qui semblait la patrie entière/Je me souviens d'un peu de sang/Sur la place aux pieds des passants ». Instinctivement, on regarde nos pieds, mais il n'y a que les mégots jetés là parce que les poubelles ont été ôtées, sécurité oblige.

 

Aragon à Saint Louis, sans faire de Seine

 

La Maire laisse ensuite la place à Jean Ristat, Président de la Société des Amis d'Aragon (lesquels invitaient les passants à venir assister à l'inauguration) et surtout exécuteur testamentaire du poète, décédé il y a déjà « 30 longues années » comme il le souligne : un peu notre lien mystique avec l'écrivain, finalement. S'il note que l'oeuvre d'Aragon est « peu à peu débarassée des interprétations politiciennes », Jean Ristat ne peut s'empêcher de la comparer avec celle de Victor Hugo, l'indécrottable père proclamé de la poésie française.

 

« La République française se fit longtemps prier pour célébrer Aragon » souligne Ristat. « À son heure vient toute chose » conclut-il en citant le poète lui-même. Il partage sans s'étaler quelques souvenirs de marche, en compagnie de Louis Aragon, lui qui a silloné tout Paris de long en large et invite tout son auditoire à « Ne pas oublier Elsa Triolet, l'écrivaine, comme on dit de nos jours ». Il compte sur les amants pour entretenir leur mémoire amoureuse. M'enfin rien sur les dernières apparitions masquées à la télévision d'Aragon, ni ses liaisons avec de jeunes hommes, peu après le décès d'Elsa. Eh oui, l'histoire s'écrit avec les vainqueurs...

 

Jean Ristat

 

« Il est déjà là » conclut Bertrand Delanoë pour donner le coup d'envoi de son allocution : « Il est celui qui a écrit les plus belles choses parce qu'il a le plus aimé Paris ». En Maire de la capitale, il rend hommage à l'auteur et à sa Muse urbaine, tantôt « belle », « révoltée », « populaire », voire même tout cela à la fois. Retraçant le parcours surréaliste, communiste, poétique de « l'immortel », Bertrand Delanoë souligne son amour de la « fraternité des âmes », en ajoutant quelque chose de très patriotique à son discours. Aragon savait châtier aussi, quand il le fallait. Rappelant que le poète  « est l'un des plus chantés par tant de troubadours » (regard appuyé à Bernard Lavilliers), le Maire de Paris termine en saluant l'oeuvre d'un « amoureux de l'amour ».

 

Philippe Caubère lit ensuite de sa voix grave, après quelques excuses pour cause de problèmes logistiques, Le paysan de Paris chante, avant que Bernard Lavilliers ne débarque avec un « Bonsoir » lancé de derrière ses lunettes noires. Les yeux découverts, il donne sa version d'Est-ce ainsi que les hommes vivent, déjà chantée par Yves Montand ou Philippe Léotard, d'après le poème Bierstube Magie allemande, puis souhaite qu'elle porte chance au Maire de Paris et « à ce printemps qui va faire bouger les choses ». « Le changement/C'est maintenant », on a eu beau chercher, on n'a pas trouvé ça chez Aragon.

 

Au moment du dévoilement de la plaque, on entend la voix de Louis Aragon lui-même : « Je dirai malgré tout que cette vie fut belle ».

 

L'éthique et l'infini, il y a un peu de ça.

 

 

Retrouver le seul titre potable d'Aragon,

Anicet ou le panorama, Roman