L'UNESCO gère un atlas interactif pour les langues en danger

Marie Lebert - 02.11.2013

Patrimoine et éducation - A l'international - UNESCO - langues vivantes - atlas interactif


Cet atlas recense 2.471 langues à ce jour, avec un moteur de recherche permettant de combiner plusieurs critères : pays ou région, nom de langue, nombre de locuteurs, vitalité de la langue et enfin code ISO 639-3 (identifiant de trois lettres pour chaque langue, voir notre actualitté).

 

 

Langues de chat

Dave on Flickr, CC BY SA 2.0

 

 

Lancée dès 2010 dans le cadre du Programme de préservation des langues menacées de l'UNESCO, la version en ligne (gratuite, bien sûr) est complémentaire de la version imprimée (payante) publiée sous la direction de Christopher Moseley et disponible en anglais, français et espagnol.

 

Si la version en ligne en est à sa première édition, la version imprimée de 2010 en est à sa troisième édition, les deux éditions précédentes datant respectivement de 1996 et 2001.

 

Dans l'atlas en ligne comme dans l'atlas imprimé, tous les noms de langues sont eux aussi transcrits en trois langues, sans oublier leurs noms alternatifs tels que variantes orthographiques, dialectes ou noms en caractères non latins.

 

La vitalité d'une langue

 

Selon le rapport de l'UNESCO sur la vitalité et le danger de disparition des langues, il existe six niveaux de vitalité possibles pour une langue. Une langue peut être sûre, vulnérable, en danger, sérieusement en danger, en situation critique ou bien éteinte.

 

« Sûre » signifie que la langue est parlée par toutes les générations et que la transmission inter-générationnelle est ininterrompue. Les langues concernées ne sont donc pas incluses dans l'atlas.

 

« Vulnérable » signifie que la plupart des enfants parlent la langue mais que son usage est restreint, par exemple à la maison.

 

« En danger » signifie que les enfants n'apprennent plus la langue comme langue maternelle à la maison.

 

« Sérieusement en danger » signifie que la langue est parlée par les grands-parents mais seulement comprise par les parents, qui ne la parlent plus entre eux et avec leurs enfants.

 

« En situation critique » signifie que les locuteurs les plus jeunes sont les grands-parents et leurs ascendants, et qu'ils ne parlent la langue que partiellement et peu fréquemment.

 

« Éteinte » signifie qu'il n'y a plus de locuteurs. L'atlas inclut les langues éteintes depuis les années 1950, ses langues étant malgré tout susceptibles d'un renouveau.

 

Les langues en danger

 

À partir de quel moment une langue est-elle en danger ? Comme expliqué sur le site, « une langue est en danger lorsque ses locuteurs cessent de l'utiliser, réservent son usage à des domaines de plus en plus restreints, emploient un moins grand nombre de registres ou de styles de parole, et/ou arrêtent de la transmettre à la génération suivante. Aucun facteur ne détermine à lui seul si une langue est en danger. »

 

Selon les experts de l'UNESCO, il importe en effet de combiner neuf critères, qui sont les suivants :

 

1) la transmission d'une langue d'une génération à l'autre,

2) le nombre absolu de locuteurs,

3) le taux de locuteurs par rapport à l'ensemble de la population,

4) l'utilisation d'une langue en public et en privé,

5) la réactivité d'une langue face aux domaines de pointe et aux nouveaux médias,

6) l'existence de matériel pédagogique pour l'enseignement d'une langue,

7) la politique linguistique au niveau gouvernemental et institutionnel, notamment l'usage de la langue et son statut officiel,

8) l'attitude de la communauté linguistique concernée,

9) le type et la qualité de la documentation disponible dans cette langue.

 

Quels sont les facteurs de disparition d'une langue ? Selon les mêmes experts, « une langue disparaît lorsqu'elle n'a plus de locuteurs ou que ceux-ci se mettent à parler une autre langue - en général, une langue de plus grande importance utilisée par un groupe plus puissant. Les langues sont menacées par des forces externes telles qu'une domination militaire, économique, religieuse, culturelle ou éducative, ou par des forces internes comme l'attitude négative d'une population à l'égard de sa propre langue. Aujourd'hui, les migrations accrues et l'urbanisation rapide s'accompagnent souvent de la perte des modes de vie traditionnels et d'une forte pression en faveur de l'utilisation d'une langue dominante qui est nécessaire - ou perçue comme telle - à une vraie participation totale à la vie civique et au progrès économique. »

 

On voit donc combien il est important de contribuer à la revitalisation de ces langues, par exemple en tweetant dans la langue minoritaire de son choix (voir notre actualitté).