L'UNESCO propose la création d'un Fonds mondial du livre

Camille Cornu - 22.01.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - unesco école enfant - manuels scolaires - financement


Alarmée par la difficulté d'accès aux manuels scolaires, l’équipe du Rapport mondial de suivi sur l'éducation (GEM) de l'UNESCO a publié un rapport sur le manque de matériel pédagogique dans les pays les plus pauvres. Dans sa conclusion, le rapport propose toute une série de mesures pour y remédier, soit un tout nouveau modèle de financement pour les manuels scolaires.

 

Ecole 18

Bruno Ben Moubamba, CC BY-SA 2.0

 

 

Intitulée Every Child Should Have a Textbook, l'étude affirme que le nombre de manuels scolaires pourrait être triplé si le modèle de leur financement était révisé. Et donc d'améliorer les niveaux d'alphabétisme, qui, d'après un autre calcul de l'étude, s'accroîtraient de 5 à 20 % si chaque élève pouvait disposer d'un manuel scolaire.

 

Au Cameroun, on ne compte par exemple qu’un seul livre de lecture pour 12 élèves. Une étude réalisée dans 11 pays en développement montre qu'en moyenne, dans la quatrième année du primaire, 20 % des élèves n'ont pas de manuel, ou doivent le partager. 

 

Dans sa proposition d'amélioration du modèle économique, le rapport préconise que les pays centralisent l’achat des manuels scolaires et regroupent la demande afin de faciliter leur financement à long terme et les rendre plus accessibles. Ces mécanismes de financement centralisé pourraient permettre de réduire de 3 $ le prix de chaque manuel scolaire et de réaliser ainsi une économie d’environ 1 milliard $ par an sur le coût des matériels pédagogiques rien qu’en Afrique subsaharienne.

 

Et devant le faible investissement des gouvernements, le rapport GEM propose la création d'un Fonds mondial du livre (Global Book Fund), qui permettrait d’augmenter les ressources extérieures destinées aux manuels scolaires grâce à des modèles semblables à ceux mis en place par l’Alliance Gavi pour lutter contre les maladies, notamment avec un financement privé à hauteur du financement public. 

 

Aaron Benavot, directeur du rapport GEM, a décrété que « des financements imprévisibles, un manque de transparence et l’absence de prévision de la demande contribuent à l’inefficacité de l’approvisionnement en manuels scolaires. Il est inacceptable de forcer les familles à payer les manuels scolaires de leurs enfants. Nous devons tirer les enseignements de ce qui se fait en matière de santé et mettre en place un nouveau système pour rendre moins onéreux et plus efficace le circuit des manuels scolaires, de l’imprimerie à l’école, jusque dans les mains des enfants. »

 

Récapitulatif des recommandations du rapport :

 

Prévoir efficacement la demande. Cette action devrait être coordonnée, au niveau des pays, par le Partenariat mondial pour l'éducation et les groupes d'éducation locaux.

 

- Accroître les financements nationaux pour les manuels scolaires.  Il conviendrait de consacrer aux manuels scolaires au moins 3 à 5 % du budget de l’enseignement primaire et 6 à 8 % du budget de l’enseignement secondaire. 

 

- Allouer davantage de ressources aux manuels scolaires grâce à un Fonds central. Les donateurs devraient au moins doubler l’aide allouée à l’éducation de base, actuellement de 11 %, par le biais du Partenariat mondial pour l'éducation.

 

- Inciter à augmenter le financement national des manuels scolaires. Un Fonds mondial du livre (Global Book Fund) permettrait de faire en sorte que les ressources extérieures en faveur des manuels scolaires soient au même niveau que les engagements pris par les gouvernements.

 

- Égaler les financements privés. Les engagements pris devraient être à la hauteur des financements privés.

 

- Centraliser la demande de manuels scolaires. Des offres de prix et des garanties en termes de volume devraient être données grâce à un mécanisme de garantie de marché, en s’appuyant sur un financement durable de la part d’un large éventail d’acteurs publics et privés.  

 

- Rendre compte de façon transparente des dépenses consacrées aux manuels scolaires. Mieux informer pour mieux dépenser. Il est nécessaire de connaître les dépenses que consacrent gouvernements et donateurs aux manuels scolaires ainsi qu’aux matériels pédagogiques et didactiques. 

 

 

 

  Chaque enfant devrait avoir un manuel - Every Child Should Have a Textbook