En 2017, le conte pour enfants La Belle et La Bête reviendra au cinéma. Cette fois-ci, Emma Watson campera le rôle de la Belle, accompagnée de Dan Stevens. Il s’agira d’une adaptation, en prise de vue réelle, du classique de Disney qui fête cette année ses 25 ans.

par Mathilde de Chalonge

 

 

 

La communauté internet s’affole à chaque nouvelle bande-annonce… Mais, en fait, avant les studios de Walt, qui a écrit la Belle et la Bête ?

 

Comme la plupart des contes pour enfants que l’on connaît, l’une des plus anciennes versions de la Belle et la Bête plonge ses racines dans l’Antiquité. Au IIe siècle après Jésus Christ, Apulée écrivait les histoires malheureuses de Lucius, transformé en âne après un accident, dans ses Métamorphoses ou l’âne d’or, elles-mêmes inspirées des Métamorphoses d’Ovide.  

 

Dans les Métamorphoses, l’histoire de Cupidon et Psyché est présentée sous la forme d’un récit enchâssé dans l’œuvre principale, raconté par une vieille femme à une jeune fille enlevée par des brigands, dans le but de changer les idées du pauvre Lucius.

 

Psyché est la fille d’un roi, à la beauté si parfaite qu’elle excite la jalousie d’Aphrodite. La jeune fille ne trouve pas d’époux, car tous les hommes la contemplent comme une œuvre d’art. Aphrodite, cruelle, ordonne alors à Cupidon de la rendre amoureuse du mortel le plus vilain qui soit. L’oracle de Didymes annonce également au père de Psyché que sa fille se mariera à un monstrueux serpent volant. Mais Zéphyr, le vent de l’Ouest, emporte la jeune femme dans un magnifique palais où elle est accueillie par des serviteurs invisibles.

 

Celui qu’elle croit être son épouse, l’horrible monstre, la rejoint à la tombée de la nuit. Il s’agit en fait de Cupidon, tombé amoureux de Psyché. Caché par l’obscurité de la chambre, il demande à Psyché de ne jamais chercher à connaître son identité. Il lui rend visite toutes les nuits, avant de la quitter à l’aurore. La curiosité de Psyché est piquée au vif, d’autant plus que ses sœurs lui assurent qu’elle est mariée à une bête affreuse. Elle profite du sommeil de Cupidon pour éclairer son visage à la lanterne. Il se réveille et, furieux d’avoir été trahi, s’enfuit.

 

La ramifications qui se déploient

 

Le canevas est encore bien éloigné de celui du conte que nous connaissons. Toutefois, on retrouve déjà au sein de ce palais avec ses serviteurs les thèmes de la beauté, du mystère et de la monstruosité. Le récit d’Amour et Psyché est lui-même inspiré d’un conte berbère, Tinaxda

 

L’histoire de la Belle et la Bête réapparaît au XVIe siècle en Italie, à Venise, plus précisément. Giovanni Francesco Straparola publie un recueil d’histoire, Les Nuits facétieuses, parmi lesquelles figurent les premières versions littéraires des contes de fées. L’ouvrage est traduit en Français et connaît un vif succès. 

 

Le conte qui inspirera La Belle et la Bête s’appelle, chez Straparola, Le Roi Porc (sic !). Un roi et une reine d’Angleterre donnent naissance à un porcelet. Ils se résolvent à l’élever, non pas comme une bête, mais comme un être raisonnable (bien qu’il se vautre dans la fange, dès que l’occasion se présente). 

 

Quand il grandit, le prince tombe sous le charme d’une jeune fille simple et pauvre (mais très belle). Ses parents la forcent à épouser la Bête. Toutefois, la Bête la tue quand il comprend qu’elle projette d’en faire de même. Il force alors la deuxième fille de la maison à l’épouser, mais elle connaît le même sort. Il se tourne vers la cadette, qui (bizarrement) est ravie de cette demande. Elle couvre son mari de tendresse et, évidemment, sa bonté se voit récompensée. Peu après le mariage, le prince lui avoue son secret : il ôte sa peau de porc et prend l’aspect d’un beau jeune homme. 

 

Au XVIIIe siècle, la baronne d’Aulnoy reprend l’histoire du Roi Porc, qui devient en français Le Roi Marcassin. Dans cette version, le prince est beaucoup plus chic (l’élégance à la française…), moins cruel et ne court pas en toute occasion se vautrer dans la fange.  

 

C’est Gabrielle Suzanne de Villeneuve, en 1740, qui compose la première version moderne de La Belle et la Bête. Elle aurait entendu ce conte de la bouche d’une femme de chambre, quand elle était en voyage pour l’Amérique. 

 

 

 

Belle est la cadette d’une fratrie de six enfants. Alors que ses sœurs sont vaniteuses et superficielles, Belle est douce et s’intéresse à la lecture (cette fameuse scène dans le Disney, chez son ami le libraire…). Elle est très proche de son père, au point de se sacrifier pour lui lorsqu’il est condamné à mort par la Bête pour avoir cueilli une rose. Belle part vivre chez la Bête et découvre, un être qui ne demande qu’à aimer… 

 

Si la version de l’ami de Crébillon a souvent été rééditée, c’est toutefois celle de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont qui reste la plus connue. Celle-ci, femme moderne s’il en est, était à la fois institutrice, écrivain et journaliste, portant et portée par le mouvement des Lumières. Pour l’anecdote, Prosper Mérimée est son arrière-petit-fils. Dans sa version de La Belle et la Bête, elle supprime toute la partie où Madame de Villeneuve relatait la querelle des fées expliquant l’origine royale de la Belle. Who cares ? Comme diraient nos amis les Américains. 

 

Certains affirment que fiction et réalité sont parties liées. Évidemment, les fées et les hommes-marcassins n’existent pas, toutefois l’histoire de Pedro Gonzales aurait influencé l’écriture du conte. Cela expliquerait le regain d’intérêt qu’il a suscité à partir du XVIe siècle. Pedro Gonzales, né en 1537 à Tenerife dans les îles Canaries est le premier cas connu d’hypertrichose. Cette maladie congénitale rarissime se caractérise par un développement très important du système pileux. Le roi Henri II de France s’entiche du garçon, qu’on lui offre. Il était surnommé, à la cour d’Espagne, le « sauvage ». Catherine Raffelin, la Belle parisienne de l’histoire, tombe sous le charme de ce lettré.

 

Fiction ou réalité, la morale est toujours la même : ce conte, comme l’avance Marie-Antoinette Reynaud dans Madame Leprince de Beaumont, vie et œuvre d’une éducatrice, « apprend aux enfants à distinguer la laideur morale de la laideur physique, à favoriser le rayonnement d’une intelligence, d’un cœur, d’une âme que rend timide un extérieur ingrat. […] Le vrai fondement d’un amour solide [est] la bonté. »

 

Illustration tirées de l’édition 1757 Hachette de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

 

 

 

 

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