La BnF modernise le dépôt légal pour l'adapter au numérique

Antoine Oury - 22.05.2014

Patrimoine et éducation - Patrimoine - BnF - contrat de performance - dépôt légal


Le contrat de performance signé par la ministre de la Culture et de la Communication et le président de la BnF, Bruno Racine, comporte trois points définis par les mots « Confiance, partage, innovation ». Le versant « Confiance » recouvre en fait les modes de collecte et de valorisation des documents, adaptés à l'ère numérique et à la multiplication des contenus à archiver.

 

 

Pub BnF - Bibliothèque nationale de France

Publicité à la BnF (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Toute la chaîne de collecte, d'archivage et de valorisation va être revue sur la période 2014-2016, note la BnF, afin de l'adapter à l'émergence d'un « patrimoine nativement numérique » comprenant des livres, mais aussi des sites Web. La période difficile, niveau budget, conduit tout d'abord la bibliothèque à se concentrer sur le patrimoine des XXe et XXIe siècles, mis en valeur dans sa charte des acquisitions.

 

De la même manière, une « charte documentaire de la numérisation » permettra de définir certaines priorités dans le processus de conservation, avec une prise en compte plus importante des usages et des attentes des différents publics de l'établissement. Un dispositif d'échange sera ainsi mis en place cette année pour recueillir les demandes des usagers.

 

Par ailleurs, pour mieux valoriser le patrimoine, la BnF va se concentrer sur les données bibliographiques associées aux documents numérisés, en mettant l'accent sur l'ouverture des données, et leur adaptation au web sémantique.

Pour rencontrer son public, la BnF doit s'adapter aux nouveaux usages de consultation et de recherche en ligne : cette mutation implique des adaptations à la fois techniques (modèles et formats des métadonnées), informatiques (processus de traitement de données, applications de production et de diffusion) et organisationnelles (évolution des métiers et des activités). 

Pour ce faire, la BnF s'appuiera sur les métadonnées produites par les éditeurs eux-mêmes, et développera de son côté « un outil de production en EAD (format permettant de structurer les descriptions de manuscrits et de documents d'archives), en remplacement de l'actuel catalogue BAM (BnF Archives et manuscrits) ». L'outil deviendra à terme national, afin d'unifier la production de métadonnées dans tous les établissements du pays.

 

Le catalogue général, mais également celui de BnF-Archives,seratmodernisés, avec deux versions successives en 2014 et 2015, avant la bascule définitive vers ce nouveau mode de visualisation. « Le nombre de notices des catalogues sources traitées par data.bnf.fr continuera ainsi de progresser, en visant 80% des notices validées à fin 2015 », afin d'en améliorer la fréquentation.

 

 

 

 

Le dépôt légal à l'heure d'une réforme numérique

 

Face au développement de l'édition nativement numérique, de la multiplication des publications, mais aussi de l'engorgement de ses centres de stockage, la BnF s'attelle à une réforme du dépôt légal. Bien entendu, la mission première de l'établissement restera centrale, mais ses modalités seront quelque peu chamboulées.

 

Ainsi, le Code du patrimoine, qui définit les modalités d'entrée des documents au sein de la BnF, sera réformé, et le nombre d'exemplaires papier à déposer réduit. La mesure avait fait surface dès janvier 2013, inquiétant les syndicats quant aux suppressions de poste qu'elle allait générer : la redistribution aux autres établissements sera semble-t-il abandonnée dès cette année.

 

Quant à la chaîne de dépôt légal pour les livres numériques, elle sera mise en place et consolidée en 2014-2015, notamment avec des e-distributeurs qui pourront déposer les ouvrages au nom des éditeurs, avant une mise en production de l'ensemble de la chaîne en 2016. La BnF va également adopter l'archivage numérique pour les exemplaires de la presse quotidienne régionale.

 

 

 

 

Par ailleurs, l'archivage des documents littéraires ou artistiques (net art...) récents commencera dès cette année : la difficulté réside dans le nombre important de pièces, sur des supports et dans des formats très hétérogènes. Les métadonnées seront d'abord minimales, puis consolidées en 2015. Par ailleurs, la BnF poursuivra son archivage du Web français, commencé dès 2006.

 

Pour l'année 2016, la BnF a pour objectif de faire figurer les livres numériques collectés par dépôt légal dans le catalogue général et dans la Bibliographie nationale française, et disponibles dans Gallica intramuros.

 

Enfin, les sites François Mitterrand et Bussy-Saint-Georges (à 30 km de Paris) arrivant à saturation, il faudra prévoir de nouveaux moyens pour stocker les documents entreposés à la BnF :

  • d'une part, l'augmentation des capacités de stockage par remembrement des magasins actuels et mise en place de rayonnages supplémentaires dans les magasins de grande hauteur de François-Mitterrand et de Bussy Saint-Georges. Ces mesures sont nécessaires à court terme mais non suffisantes étant donné la vitesse de l'accroissement des collections
  • d'autre part, la programmation des actions nécessaires pour que la BnF se dote, en une fois, d'une capacité de stockage accrue d'environ 150 km linéaires. Ceci requiert soit de construire une deuxième barrette à Bussy Saint- Georges dont le coût est estimé aujourd'hui à 36 M€, soit de louer dans un premier temps des magasins adaptés, par exemple dans le nouveau bâtiment du CTLes (Centre technique du livre de l'Enseignement supérieur) de Bussy Saint-Georges qui ne sera pas entièrement occupé. La BnF se donne la fin du premier semestre 2014 afin d'aboutir à une programmation.