La Canada enferme ses trésors dans un coffre-fort à 34 millions $

Clément Solym - 30.07.2012

Patrimoine et éducation - Patrimoine - bibliothèque - archives - Canada


Après plusieurs rappels à l'ordre par des archivistes et des professeurs d'université, Bibliothèque et Archives du Canada va déplacer plusieurs milliers de documents dans des locaux flambants neufs, plus à même de garantir des conditions optimales de conservation. Mais les suppressions de postes et autres réductions de l'accès aux documents noircissent le tableau.



Deposit Boxes

(auteur : Kelly Ida Scope)

 

 

Dès 2003, un rapport de la vérificatrice générale Sheila Fraser, chargé de la préservation des documents historiques du Canada, s'alarmait des conditions d'entreposition de ces derniers : d'après l'Association Canadienne des Archivistes (ACA), 90 % des documents étaient conservés dans « des édifices où la température et les taux d'humidité sont inférieurs aux normes reconnues de conservation ». Entre 1988 et 2003, 30.000 documents auraient subi des dommages conséquents.

 

Presque une décennie plus tard, rebelote : l'état des fonds documentaires, publié en février 2012, s'inquiète des dégradations externes auxquelles sont exposées les archives, comme cette Gazette de Halifax datant de 1752, mais aussi les 20 millions de documents qui l'accompagnent, sans compter les photographies, enregistrements et autres oeuvres d'art. Sylvain Bélanger, directeur de la division de la gestion de la Collection analogue, se félicite donc : « En ramenant tout sous un même toit, nous aurons une vue d'ensemble plus précise et nous pourrons voir où nous en sommes. »

 

Et quel toit : un entrepôt gigantesque, construit en trois ans, pour lequel 34 millions $ ont été investis, mais aussi une douzaine d'autres hangars, qui accueilleront chacun une partie des fonds documentaires. Entravé par une coupe de 9,6 millions $ dans son budget, Bibliothèque et Archives Canada se séparera à la rentrée de plus de 200 employés, dont 21 archivistes sur un effectif de 61 personnes.

 

Encore plus alarmant, le personnel affecté à la numérisation et à la circulation des documents sera réduit de moitié : « Bibliothèque et Archives Canada a des milliers de documents historiques qui devraient être exposés pour que tous puissent les voir. Au lieu de cela, ils sont gardés dans une chambre forte. Il est triste de penser que la population ne pourra jamais les voir – que l'on prive la population de son patrimoine » s'inquiète Doug Marshall, président national du Syndicat des employés nationaux. L'unité des prêts entre bibliothèques sera également fermée.

 

Pour conserver au mieux : enfermer et jeter la clé, une méthode à l'efficacité prouvée.