La Carnegie Library, de première bibliothèque publique à “espace Apple”

Antoine Oury - 06.05.2019

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Le symbole interpelle, et inquiète, évidemment : à Washington, aux États-Unis, la bibliothèque Carnegie, première bibliothèque publique du pays, rouvrira ses portes le 11 mai prochain après d'importants travaux de rénovation. Sur le fronton de l'établissement, c'est toutefois la célèbre pomme d'Apple qui s'affichera : la société a financé la restauration du lieu pour en faire un espace d'exposition et de vente.

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La Bibliothèque Carnegie, à Washington (Sandra, CC BY-NC 2.0)


Étrange destinée que celle de la Bibliothèque Carnegie de Washington : le 11 mai prochain, Apple y ouvrira une boutique ou, plutôt, un espace d'exposition pour ses produits et services. La firme à la pomme communique sur l'ouverture d'« un tout nouvel espace pour apprendre. Où chacun est le bienvenu pour découvrir de nouvelles formes de créativité, se confronter à des idées innovantes et partager leurs histoires. » Exactement ce que l'on peut attendre d'une bibliothèque publique.

La Bibliothèque Carnegie de Washington, première représentante d'un réseau financé par Andrew Carnegie, le père des bibliothèques publiques américaines, fut donnée en 1903 à la ville par le philanthrope. Bâtiment symbolique s'il en est, il fut également la victime d'un abandon des autorités locales, ce qui le conduisit rapidement à la décrépitude.

En mai 2017, Apple avait annoncé la restauration de l'établissement, avec le projet d'en faire un lieu différent des habituels « Apple Store ». À l'époque, la municipalité avait accepté avec plaisir : cette inauguration « pourrait mettre en lien la riche histoire de D.C. et notre renaissance économique actuelle, sera la preuve de notre puissance sur les marchés de vente, et montrera aux autres entreprises dans le monde que nous sommes ouverts aux affaires ».

Deux ans plus tard, les travaux se terminent sur un montant total estimé à quelque 30 millions $, dont 7 millions $ pour la restauration de la seule façade. A priori, Apple paierait en sus un loyer annuel de 700.000 $, signé pour les 10 prochaines années, mais la participation financière de la firme aux rénovations n'est pas connue. Outre l'emplacement particulièrement prestigieux, l'entreprise de restauration elle-même a été pensée comme une opération de communication et de valorisation de la marque.

La rénovation du bâtiment a été confiée par Apple au cabinet d'architectes Foster + Partners, avec lequel la firme a déjà travaillé. La société partagera l'espace avec la Société historique de Washington, qui occupait déjà une partie de l'établissement, la Kiplinger Research Library et la municipalité de DC.
 

Une bibliothèque historique investie par le capitalisme ?


Si le programme d'Apple pour la Carnegie Library n'a que peu de points en commun avec celui d'un établissement public, Tim Cook, PDG de la firme à la pomme, assure que la stratégie des espaces Apple, dont les Apple Store, n'a jamais été centrée autour de la vente : « Nous devrions sans doute proposer un autre nom que “Store”, car ces endroits devront être utilisés par les communautés pour d'autres usages. »

Pour le moment, Apple promet des outils pédagogiques, notamment au cours du codage informatique, et des événements culturels, comme des expositions ou des concerts.

Du côté de la municipalité de Washington, on se félicite de la concrétisation d'un projet d'envergure, après 15 années d'essais avortés et de promesses jamais tenues. Mais les investissements d'Apple dans un établissement public qu'il pourrait occuper pendant 20 ans posent question, bien sûr, quant à la gestion du patrimoine et à la mobilisation des fonds publics.
 
« Je pense que cela dit beaucoup de l'emprise commerciale sur l'Amérique que nous connaissons. Quand nous pensons à un “espace au cœur de la cité”, c'est comme un lieu central au sein d'une société démocratique. L'idée que s'en fait Apple ne correspond pas à cela. Ils vont être des lieux aseptisés pour que les gens puissent se retrouver dans les limites du consumérisme », déplore Mara Verheyden-Hilliard, directrice de l'organisation à but non lucratif Partnership for Civil Justice Fund.

via 9to5Mac, Washington Post


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