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La Chine impose une nouvelle date au début de la guerre contre le Japon

Victor De Sepausy - 16.01.2017

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - guerre Japon Chine - révision histoire guerre - Incident du pont de Marco polo


Si les vainqueurs réécrivent nécessairement l’histoire, la Chine et le Japon connaissent depuis longtemps de sérieux problèmes. Pékin vient en effet d’ordonner que tous les manuels traitant de la seconde guerre contre l’Archipel rallongent la durée du conflit de 6 ans.

 

China-6393 - Juyong Pass

Dennis Jarvis, CC BY SA 2.0

 

 

Les écoliers de l’Empire du Milieu apprennent depuis des générations que la guerre sino-japonaise fut celle d’une résistance de huit années contre l’agression des troupes du Japon. Elle est généralement datée entre 1937 et 1945, mais le président Xi Jinping a décidé de revisiter les dates de cette guerre. Ainsi, elle débute désormais en 1931 pour s’achever en 1945 : juste assez pour provoquer quelques tensions dans les relations avec Tokyo.

 

À l’automne 1931, l’armée impériale japonaise a en effet envahi la Mandchourie. Et ce serait là le point de départ des affrontements, au lieu de l’Incident du pont Marco Polo, qui sert de référence. C’est pourtant celui que les historiens retiennent traditionnellement.

 

Le problème ne se résume pas à de simples dates : dans les faits, le Parti communiste n’avait encore jamais pris position dans le conflit sino-japonais, avant la date de 1937. Or, six ans avant, le Parti communiste ne dirigeait pas encore le pays : nous étions encore à l’époque du Kuomintang, qui sera vaincu par les communistes en 1949. Lors de l’invasion de la Mandchourie, un certain Tchang Kaï-check était à sa tête – Malraux en a même tiré un livre...

 

Des relents de guerre froide

 

Mais cette décision que de réviser les dates actuelles de la guerre cacherait justement une tentative pour le Parti communiste... d’éclipser ce mouvement politique. Entre le Kuomintang et les communistes, emportés par Mao Zedong, la lutte pour le pouvoir et le contrôle du pays fut violente. Le communisme ne l’emporta que le 1er octobre 1949, après avoir relégué le Kuomintang au territoire de Taïwan...

 

D’autre part, les motifs évoqués semblent suspects : d’un côté, la guerre contre le Japon découle d’une vague de colonialisme japonais. De l’autre, la date de 1937 marque au contraire une guerre quasi génocidaire, proche de l’invasion par Hitler de l’Union soviétique.

 

Pour l’instant, le Japon tente de garder son calme légendaire, et souligne que la Chine n’a pas le pouvoir de modifier, autocratiquement, de pareilles références historiques. « Le parti communiste a très peu résisté aux Japonais entre 1931 et 1937, alors pourquoi tenter de faire croire le contraire ? », s’interroge l’historien Antony Beevor.

 

Tentative pour renverser la tendance actuelle, qui accorderait une meilleure place au Kuomintang et son dirigeant, qui furent désavoués par le pouvoir actuel ? Pour Zhang Lifan, historien à Pékin, la décision de changer les dates aurait une justification historique, mais ses motivations reposeraient plutôt sur les avantages politiques à retirer, pour le Parti, en exacerbant le sentiment anti-japonais.

 

La guerre de l’information, autant que la mentalité post-guerre froide, semblent avoir de beaux jours à vivre...

 

via NY Times, Guardian