La Corée du Sud veut rétablir un manuel d'histoire d'État

Julie Torterolo - 09.11.2015

Patrimoine et éducation - A l'international - Corée du Sud - Manuel d'histoire d'Etat - Park Geun-hye


À partir de janvier 2017, les étudiants coréens du secondaire ne pourront poser sur leur bureau qu’un seul et unique livre d’histoire. Cette « étatisation » des ouvrages a été annoncée le 12 novembre dernier par le gouvernement sud-coréen. Finalisée le 3 novembre, la nouvelle mesure a très vite soulevé une vague de protestation. 

 

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Park Geun-hye, première femme présidente à la tête de la Corée du sud

 (Republic of Korea, CC BY-SA 2.0)

 

 

Une initiative afin d’enseigner « une histoire correcte et équilibrée », a expliqué le ministre de l’Éducation Saïd Hwang Woo-yea, le mois dernier. « Je me sens obligé d’éduquer les élèves avec un manuel qui est basé sur des faits historiques confirmés. Les multiples controverses (sur l’histoire) ont inévitablement conduit à l’introduction des manuels d’histoire étatique. Ce fut un choix inévitable afin de redresser les erreurs historiques et mettre fin au conflit social provoqué par un préjugé idéologique dans les manuels scolaires », a-t-il ajouté. 

 

Un changement notable pour les élèves coréens : depuis 2010, ce sont en effet 8 maisons d’édition privées qui sont en charge desdits manuels. Le système était venu remplacer un monopole d’État sur les manuels d’histoire introduits par le dictateur Park Chung-hee en 1974, rappelle First Ft. Et c’est justement sa fille Park Geun-hye qui a été élue présidente de Corée du Sud en décembre 2012. 

 

Cette main mise du gouvernement sur les manuels fait suite à plusieurs polémiques, lancées notamment par des membres du parti conservateur de Park Geun-Hye, conservateurs. Ces derniers accusaient les auteurs de promouvoir une idéologie « gauchiste ». Selon Les échos, la droite sud-coréenne trouverait par exemple les manuels actuels « trop tendres avec la Corée du Nord et trop critiques à l’égard du régime dictatorial de Park Chung-hee ». 

 

"Un acte dictatorial pur et simple"

 

Une vision partagée par le Premier ministre sud-coréen, Hwang Kyo-ahn : « Nous devons faire un manuel basé sur des faits objectifs, et fidèles à des valeurs constitutionnelles », ainsi déclaré l’homme politique, tout en précisant que les manuels sont dominés par des universitaires de gauche appuyés, le système privé ne pouvant ainsi créer que des manuels favorables aux gauchistes et la Corée du Nord.

 

Plusieurs contestations se sont alors organisées depuis l’annonce : le chanteur Lee Seung-Hwan au côté du  journaliste d’investigation Choo Chin-woo, une des figures de l’opposition de l'actuelle présidente, ont par exemple appelé différents dissidents à la décision à se réunir ce mercredi 4 novembre, rapporte Le Monde.

 

« C’est un acte dictatorial pur et simple », a également protesté le dirigeant de la Nouvelle Alliance politique pour la démocratie (NAPD), Moon Jae-in. Le parti a d’ailleurs annoncé le 8 novembre dernier, vouloir déposer un projet de loi contre la future réforme.

 

Toujours selon Le Monde, les professeurs d’histoire seraient également réticents à la mesure. L’Institut national sur l’histoire coréenne — missionnée par le gouvernement pour la rédaction des futurs manuels — rencontrerait des difficultés pour trouver les 36 auteurs nécessaires.

 

(via The Korea Herald)

 

La question pourra certainement être évoquée au cours du prochain salon du livre de Paris, puisque la Corée du Sud est l'invitée d'honneur de la manifestation.