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La correspondance carcérale de Bertrand Russell entièrement numérisée

Clara Vincent - 19.02.2020

Patrimoine et éducation - A l'international - archives missives numérisées - Bertrand Russel auteur - Université McMaster Bibliothèque


Fervent défenseur du mouvement pacifiste au moment où le monde entrait dans ce qui allait devenir la Première Guerre mondiale, le philosophe britannique Bertrand Russell (1872-1970) fut envoyé en prison pour avoir écrit un texte jugé illégal. Il se positionnait en effet contre l'invitation faite aux États-Unis d'entrer en guerre aux côtés de la Grande-Bretagne. Emprisonné pendant 6 mois, il tint une correspondance soutenue avec des proches et des écrivains.
 
Bertrand Russel - Domaine public


Durant les 6 mois de son incarcération, le philosophe écrivit non seulement un livre, Introduction à la philosophie mathématique, mais entretint également de nombreuses correspondances qui témoignent aujourd'hui de son engagement. Cent ans après son passage dans la prison de Brixton, la bibliothèque de l'université de McMaster, située en Ontario (Canada), vient de mettre en ligne ces archives.

Le projet est à l’initiative du centre de recherche Bertrand Russell de l’université canadienne de McMaster, qui possède à ce jour l'une des plus grandes collections relative au philosophe. La numérisation a débuté en mai 2018, soit 100 ans après que le philosophe fut incarcéré à la prison de Brixton en 1918. Au total, 105 lettres ont été numérisées. La lettre ultime, la 105e, est la seule que Bertrand Russell aurait écrite pendant son emprisonnement en 1961, pour une durée de sept jours, pour avoir participé à une manifestation antinucléaire de Londres. 

« Les lettres révèlent les pensées privées de l’une des personnalités les plus publiques du XXe siècle et offrent une fenêtre intéressante sur la vie intérieure de Russell », explique Andrew Bone, associé de recherche principal au Centre de recherche Bertrand Russell de McMaster, qui dirige le projet de numérisation avec Nick Griffin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en philosophie et directeur du Centre de recherche Bertrand Russell, Kenneth Blackwell, archiviste émérite, et Sheila Turcon, ancienne archiviste de McMaster et boursière Russell.

Parmi les missives en question figurent tant les lettres envoyées de manière officielle et autorisée, reconnaissables au cachet de la prison portant les initiales du gouverneur de Brixton, que celles écrites de manière officieuse et envoyées clandestinement, cachées entre les pages non coupées des livres, grâce à la collaboration de certains des amis de Russell.

Et c’est bien là que demeure tout l’intérêt de ces documents, comme le note Andrew Bone : « L’ingéniosité de Russell rend notre entreprise beaucoup plus intéressante [...], car sinon, nous n’aurions eu que la correspondance officielle hebdomadaire [...]. » Or, dit-il, « les lettres qui ne sont pas officielles sont souvent beaucoup plus intéressantes ».

Ainsi les lettres éclairent-elles une partie de l’histoire sur les mouvements pacifistes du XXe siècle auxquels était affilié Bertrand Russel. Comme la correspondance qu'il entretint avec son ancienne amante, l'aristocrate et mondaine Ottoline Morrel, membre comme lui du groupe Bloomsbury, qui réunissait un certain nombre d'intellectuels et d'artistes londoniens depuis les premières années du XXe siècle jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale.  

En outre, la maison de Morrel faisait office de refuge pour des écrivains tels que T.S. Eliot ou D.H. Lawrence, dont les noms figurent dans les missives de Bertrand Russel numérisées par le centre de recherche. 

« Ottoline était comme l’étoile autour de laquelle gravitaient de nombreuses personnes intéressantes dans la vie intellectuelle et culturelle anglaise », explique Andrew Bone. « Elle a écrit sur ses invités et Russell se montrait intéressé. C’était comme s’il était impliqué par procuration dans les activités du groupe Bloomsbury depuis sa cellule de prison. »


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La collection contient également des lettres de correspondances diverses, comme celles adressées à son frère ou à son amante d'alors, Constance Malleson, mais aussi d’autres à destination de ses pairs philosophes et autres intellectuels partisans du pacifisme.
 
L’ensemble des documents numérisés a été retranscrit et annoté. Les lettres originales en version numérique sont également disponibles. 

« J’espère que la mise en ligne de ces lettres suscitera de l’intérêt pour la collection, ainsi que pour les archives Bertrand Russell. J’espère simplement qu'elles seront lues, utilisées et appréciées par les érudits de Russell et par ceux qui le connaissent moins bien également », déclarait Andrew Bone dans un communiqué publié en 2018, lors du lancement du projet de numérisation. 

L'ensemble des lettres est disponible sur la page dédiée du site de l'université.

Via OpenCulture


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