La correspondance de James Baldwin au grand jour, sauf ses lettres d'amour

Antoine Oury - 14.04.2017

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Les chercheurs et autres amateurs de James Baldwin ont de la lecture pour les jours et les mois à venir : le Schomburg Center for Research in Black Culture, hébergé au sein de la New York Public Library, annonce l'entrée de nombreux documents signés par l'écrivain. Manuscrits, documents de recherches, mais surtout une partie de sa correspondance, rarement montrée au public. Les lettres les plus intimes, toutefois, sont strictement protégées par la famille de Baldwin.
 

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James Baldwin en 1969 par Allan Warren, CC BY-SA 3.0
 


Les textes de James Baldwin — malheureusement, pourrait-on dire pour certains — restent d'une actualité brûlante. L'auteur de La Conversion et Harlem Quartet est aussi celui de nombreux essais sur la ségrégation aux États-Unis, et la façon dont les Afro-Américains peuvent trouver leur place dans un pays qui leur a refusé pendant longtemps la liberté.

Les chercheurs se sont penchés depuis longtemps sur son oeuvre, qui connaît depuis quelques mois, outre-Atlantique, une nouvelle vague d'intérêt de la part des lecteurs. Mais les passionnés n'avaient pas eu accès aux archives de Baldwin : la famille de l'écrivain a récemment déposé une partie de celles-ci au Schomburg Center for Research in Black Culture, comprenant manuscrits, brouillons et diverses notes.

On trouve également dans ses archives une partie de l'imposante correspondance de Baldwin, entretenue, notamment, avec Lorraine Hansberry, Nina Simone, Bobby Seale, William Styron et Jacqueline Kennedy Onassis, excusez du peu. Plus de 70 boîtes d'archives sont désormais stockées au Centre Schomburg, et elles couvrent pratiquement toute la carrière de Baldwin, depuis ses premiers poèmes de jeunesse.

Parmi les documents, une ébauche de scénario sur Malcolm X, un texte dans lequel Baldwin, 10 ans plus tard, se rappelle du moment où il avait appris le meurtre de Martin Luther King. Une bonne partie des archives et de la correspondance de Baldwin concerne ses opinions politiques, et permet d'en apprendre un peu plus dans ce domaine.

Mais les chercheurs louchent plutôt sur les archives personnelles de l'écrivain, qui pourraient apporter des informations inédites sur sa carrière : les positions politiques de James Baldwin sont, après tout, largement exposées dans ses écrits publiés. À l'inverse, la correspondance « vraiment » privée pourrait éclairer les chercheurs et les lecteurs sur la manière dont Baldwin évoquait et gérait son homosexualité.

Mais la famille de l'écrivain a déposé des scellés sur cette partie des archives, pour les 20 prochaines années : il semblerait que, selon eux, trop en dévoiler pourrait égratigner la réputation de l'auteur. Par ailleurs, les archives déposées au Centre Schomburg sont sous haute surveillance, et toute exposition publique est interdite pour quelques années encore...

« Il faut un certain équilibre entre l'accès aux archives pour les chercheurs et une certaine sensibilité pour la famille », explique William Kelly, directeur des bibliothèques de recherche au sein de la New York Public Library. En somme, les restrictions imposées par la famille seraient tolérables, tant que les archives sont conservées par l'établissement.

Au sein de la correspondance intime de Baldwin, on retrouverait, selon le New York Times, des lettres à son frère David, au peintre suisse Lucien Happersberger, qualifié « de seule véritable histoire d'amour de ma vie » par James Baldwin, ou encore à Beauford Delaney, un peintre qui faisait office de « père spirituel » pour l'auteur.

Pour de nombreux chercheurs, l'accès à ces lettres serait au contraire un bon moyen de rendre les messages d'ouverture de l'écrivain encore plus puissants, à une époque où il ne fait pas bon afficher ses différences... Il faudra s'armer de patience, en plus du courage.