La divine comédie de Dante, raciste, islamophobe et antisémite

Clément Solym - 14.03.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - Dante - racisme - Divine comédie


La Divine comédie, qui donna au poète Virgile son meilleur second rôle en littérature, ferait rougir les étudiants. Cette épopée, poème médiéval racontant le voyage de Dante depuis les neuf cercles de l'Enfer, vers le Purgatoire et le Paradis, pose en effet quelques problèmes de politiquement incorrect.

 

C'est un comble : alors que PayPal et Samshwords viennent de conclure un accord et que la société de paiement en ligne recul dans sa volonté d'interdire la vente d'ebooks contenant des passages érotiques, c'est donc à Dante et son poème qu'un groupe d'universitaires s'en prend. 

 

Stéréotype injurieux, racisme et discrimination, autant de griefs que Gherush 92, organisation défendant les droits de l'homme, pour qui ce texte « offensant et discriminatoire », n'a pas sa place dans une salle de classe moderne, estime le président, Valentina Sereni. 

 

Dante's memorial

Dante, mémorial Crédit Flickr 

 

C'est que, selon la lecture du groupe, l'islam serait présenté comme une religion hérétique, et Mahomet comme une sorte de dissident, et les juifs dessinés comme des êtres cupides et des usuriers intrigants. « Le prophète Mahomet a été soumis à un châtiment terrible : son corps était tranché, d'un bout à l'autre, de sorte que ses entrailles se balancent, dans une image offensante pour la culture musulmane. »

 

Extrait tiré de ebooks pour tous :

 

Entre ses deux genoux pendillaient ses boyaux,

les entrailles à l'air, avec le sac fétide
qui prend nos aliments pour les merdifier.

Je tenais mon regard rivé sur cette horreur ;

il ouvrit, m'ayant vu, de ses mains sa poitrine et dit :

Regarde donc comme je me déchire !

Vois à quel triste état est réduit Mahomet !

 

Les homosexuels sont également condamnés à un labeur infini, en guise de punition pour leurs relations sexuelles « contre nature » et c'est une pluie de feu de l'Enfer, qui s'abat sur eux, éternellement. 

 

Retirer l'oeuvre des programmes universitaires et scolaires serait donc l'unique solution. « Nous ne préconisons ni la censure ni l'autodafé de ces livres, mais nous aimerions qu'il soit reconnu, clairement et sans ambiguïté, que, dans la Divine comédie, on trouve des passages racistes, islamophobes et antisémites », ajoute Valentina Sereni. 

 

L'autre problème, c'est que les étudiants manqueraient de filtres pour appréhender cette histoire : sans le contexte historico-religieux, et dans une société qui les nourrit à l'image et l'instantanéité, ajoute le président de l'organisation, ils sont incapables de prendre du recul. Demandant donc que l'ouvrage soit retiré des bibliothèques scolaires, Gherush 92 réclame également que les passages les plus offensants soient accompagnés d'annotations explicatives.

 

Giorgio Rembado, président d'une association d'enseignants italienne, estime pour sa part que l'interdiction de la Divine comédie serait « insensée ». Pour Franco Grillini, responsable d'une organisation pour les droits des homosexuels, il s'agit là avant tout d'un excès de zèle... Pourtant, ajoute monsieur Sereni, « l'art ne peut pas être au-dessus de telles critiques ». 

 

Toi qui entres ici, abandonne toute espérance...