La guerre d'Algérie : toujours taboue, toujours censurée

Clément Solym - 23.01.2012

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - Perville - Algérie - Commémoration


Vive polémique pour cette rentrée 2012, embarrassante pour le ministère de la Culture. Un demi-siècle après la fin de la guerre d'Algérie, il semblerait que la France ait toujours du mal à reconnaître ses exactions où tout ce qui pourrait entacher le drapeau tricolore.


Un ouvrage commandé par les Archives de France sur la fin de la guerre d'Algérie aurait été censuré par le ministère, chargé de sa diffusion, dans le cadre du calendrier des commémorations 2012.

 


Après l'« affaire Céline » en 2011, la controverse de cette année remet plutôt en question l'objectivité du gouvernement sur la guerre d'Algérie. Un conflit qui reste encore tabou sur le plan historique, et que la France semble vouloir ranger définitivement dans un placard scellé. De quoi a-t-elle dont peur ? De ce qui lui ferait défaut bien entendu.


Selon un blog du Monde, les événements censurés seraient : les évocations du rôle de l'OAS, des enlèvements des Français, des massacres de harkis et de leur abandon.


Fin 2010, les Archives de France avaient commandé à Guy Pervillé, un professeur d'histoire contemporaine à l'université de Toulouse, spécialisé sur la guerre d'Algérie, une notice relative à la fin de la guerre d'Algérie, en 6.000 signes, qu'il acheva fin juin 2011.


Tout semblait se passer au mieux, quand l'auteur apprit que 4/5e de l'ouvrage ne serait pas publié, et que ce dernier paraîtrait sans signature, contrairement aux autres contributions du recueil, sans que ce dernier ait été consulté.

 

« J'ai été contacté depuis plus d'un an (novembre 2010) par le directeur chargé des Archives de France, afin de rédiger un article, le plus objectif possible, sur la fin de la guerre d'Algérie dans la publication annuelle du Ministère de la culture et de la communication, intitulée "Commémorations nationales 2012". J'ai envoyé cet article à la date prévue, et accepté quelques corrections mineures, avant d'envoyer mon texte définitif le 17 juin 2011. Puis j'ai appris, un peu avant Noël, que mon texte avait été amputé des quatre cinquièmes sans que je sois consulté, et qu'il paraîtrait sans ma signature. »

 

De quoi donner à réfléchir, mais surtout pour l'enseignant, manifestement assez mécontent de cette décision subite, autant qu'unilatérale.


« J'aurais apprécié que le ou les responsables de cette décision aient eu l'honnêteté et la simple courtoisie de m'informer de leurs raisons, mais il n'en a rien été. C'est donc à ces derniers que je m'adresse pour leur dire à mon tour (comme Maurice Clavel à la télévision le 13 décembre 1971) : "Messieurs les censeurs, bonsoir !" » , a expliqué Guy Perville sur son blog.


Il précise également que sa bibliographie est restée intacte et témoigne que c'est « le premier acte de censure que j'aie subi en plus de quarante ans de carrière. ». Il a donc choisi de publier le texte dans son intégralité sur son blog, à lire ici.