La gueule de bois de Jane Austen : “Je crois que j'ai bu trop de vin“

Cécile Mazin - 23.12.2015

Patrimoine et éducation - A l'international - Jane Austen - alcool soirée - romans morale


Difficile d’imaginer la personnalité de Jane Austen, sinon avec une certaine retenue très britannique, imprégnée de cet âge d’or élisabéthain. Une vie privée protégée, dont les ouvrages ne révèlent probablement pas grand-chose. La droiture de ses personnages laisserait même entendre une grande retenue. Mais on aime toujours apprendre que les idoles ont leur jardin secret. 

 

portrait de Evert Duyckinick, 1873

 

 

Letters of note dévoile ainsi un courrier que Jane écrivit à sa sœur Cassandra, le 20 novembre 1800. Un objet rare, tant sa famille a détruit les milliers de lettres qu’elle a pu envoyer — il nous reste à ce jour moins de 200 documents de sa correspondance. Après sa mort, en 1817, ses ouvrages devinrent une lecture obligatoire dans certains cercles littéraires, et, déjà, on en parlait comme de classiques. Mais dans cette lettre, Jane confie qu’elle se remet difficilement d’une gueule de bois...

 

Jane rentre d’un bal, qui se déroulait la veille, et au lendemain, ça résonne fort dans sa tête. « Je crois que j’ai bu trop de vin la nuit dernière, à Hurstbourne », explique-t-elle, pour justifier une écriture tremblante.

 

Un démarrage bien éloigné de ce que son neveu, James Edward Austen-Leigh, a véhiculé dans son ébauche de biographie. Il semblait alors soucieux de préserver les canons de la bienséance, que Jane Austen ridiculise pourtant scrupuleusement dans ses ouvrages. 

 

Du bal dont elle revient, Jane retient les neuf danses auxquelles elle a pris part, sur les douze qui ont été proposées. Le dîner a commencé à 22h, poursuit-elle, dans une salle d’une cinquantaine de personnes. 

 

« Mary m’a dit que je semblais très en beauté la nuit dernière. Je portais la robe et le mouchoir de ma tante et mes cheveux étaient moins bien arrangés que je ne l’ambitionnais. » Elle décrit également avec précision et un style que la traduction rend péniblement, l’ensemble de cette soirée. Pourtant, on sent combien son regard et ses observations ne manquent pas de grincements. 

 

Les deux miss Coxes dont elle parle n’y échappent pas : l’une exhale les vestiges de la vulgarité, l’autre est belle et raffinée. Madame Warren est venue avec son mari, « assez laid, aussi laid que son cousin John, mais il n’a pas l’air aussi vieux ». 

 

Et l’alcool, alors ? Oh, elle dit avoir abusé, mais probablement à cause de cette image propre que l’on garde d’elle, on peine à y croire tant la lettre est impeccable. Pourtant, elle jure à Cassandra que sa main lui fait défaut. « Vous voudrez bien tenir compte de toute cette imperfection dans mon écriture, en l’attribuant à cette erreur vénielle. »