La levée de l'embargo sur Cuba sauvera la bibliothèque d'Hemingway

Camille Cornu - 18.01.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - Hemingway - maison cuba - Finca Vinga


Pas loin de La Havane, le musée Ernest Hemingway, aussi appelé Finca Vigia, renferme une bibliothèque de pas moins de 9000 livres qui commençait à être mise en danger par manque de moyens de conservation. Alors que l’économie de l’île était encore fortement limitée par l’embargo américain, les USA ont accepté d’envoyer du matériel à Cuba pour construire de quoi protéger la bibliothèque personnelle de l’écrivain américain. Pas totalement sans contreparties. 

 

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Hemingway à Finca Vinga en 1946. 

 

 

Un an après la normalisation des relations entre Cuba et les USA, les bénéfices se font largement sentir, jusque dans les détails les plus inattendus. Des ingénieurs et architectes cubains se sont associés à des collègues américains afin de construire un site d’archivage plus grand, équipé afin de résister à l’humidité du climat cubain. Et de restaurer les documents endommagés.

 

La Finca Vigia, désormais transformée en musée, est l’endroit où Hemingway a vécu de 1939 à 1960. La grande majorité de ses objets personnels y ont été conservés, et en particulier sa bibliothèque de 9000 livres, dont environ 18 % ont été annotés à la main. Mais on y compte aussi pas moins de 4000 photographies et des manuscrits. 10.000 de ces documents ont été numérisés. Les originaux sont restés à Cuba, tandis que les versions numériques ont été envoyées au musée John F. Kennedy de Boston. 

 

La fondation de Boston qui prend en charge ces travaux s’est associée à Bob Vila, animateur de l’émission de télévision « This Old House », consacrée aux travaux d’aménagement... Il a raconté au NPR sa première venue dans les garages où sont stockés ces précieux documents : 

 

« [Les autorités cubaines] ne voulaient pas me laisser entrer. Mais je les ai finalement convaincues, nous avons ouvert les portes, et allumé la vieille ampoule économique qui était là. J’ai toujours comparé ça à ce que ça doit être de rentrer dans la tombe de Toutankhamon. Parce que, dans cette petite lumière, je voyais juste une rangée de tous ces trophées de chasse africains, boîte de livres sur boîte de livres, et, en regardant sur la gauche, j’ai vu sa machine à écrire. »

 

La plupart des documents n’étaient pas sortis depuis longtemps, et le climat n’avait pas spécialement réussi au papier. Le bâtiment de conservation qui sera construit sera la première construction cubaine qui utilisera des matériaux et du savoir-faire américains.

 

Et le tout dans un esprit d’alliance inédite entre les USA et Cuba : « Les changements apportés par Obama nous ont permis de commencer à récolter des fonds pour participer à la création d’un laboratoire de conservation du papier, ainsi qu’à un site de stockage d’archives où ces petits trésors trouveront un refuge sécurisé. » 

 

Beaucoup d’améliorations sont encore à venir, qui n’auraient pas été possibles sans la reprise des relations entre les USA et Cuba. La fondation Finca Vigia a en effet réussi à obtenir des autorisations pour faire venir du matériel américain pour faire construire ce qui sera le premier lieu de stockage d’archive équipé d’un laboratoire de contrôle de l’humidité et de la sécheresse. 

 

Alors que Cuba possède 330 musées, de nombreux autres pourraient avoir besoin des mêmes facilités de conservation, et le gouvernement cubain considère cette première expérience comme un prototype qui pourrait s’étendre à ses autres institutions. 

 

Bob Vila confirme que Hemingway n’aurait pas pu souhaiter mieux que de voir son œuvre servir au rapprochement des deux pays : « Tout ce que vous voyez là, il voulait que ça y reste, afin que cela devienne un centre d’apprentissage, un centre pour mieux comprendre sa littérature, et une partie du pont culturel entre les cultures américaine et cubaine. »