La maison de James Baldwin à Saint-Paul-de-Vence n'est pas encore perdue

Antoine Oury - 04.12.2017

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La semaine passée, le journal The New York Times a signé une chronique de la mort annoncée de la maison de James Baldwin. L'écrivain américain, auteur de Harlem Quartet et figure à la fois afro-américaine et homosexuelle de la lutte pour les droits civiques, s'était installé à Saint-Paul-de-Vence à partir de 1970. Sa maison est menacée de destruction imminente, pour les besoins d'une résidence immobilière.

 

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La maison de Baldwin à Saint-Paul-de-Vence, en 2009 (OT Saint Paul de Vence, CC BY-SA 3.0)



 

« La campagne pour sauver l'ancienne maison de James Baldwin dans le village français de Saint-Paul-de-Vence semble avoir échoué », annonce The New York Times dans un article du 27 novembre 2017. Selon Shannon Caine, engagée depuis 2 ans dans la défense du lieu historique, le quotidien américain est allé un peu vite en besogne. Sur le site du collectif qu'elle a créé, Les Amis de la Maison Baldwin, elle précise en effet « qu'il est bien trop tôt pour abandonner et plier bagage ».

 

L'auteure et artiste, qui avait squatté la maison de James Baldwin en début d'année 2016 pour s'opposer à sa destruction, s'est aujourd'hui installée dans le village de Saint-Paul-de-Vence. Là, elle tente de dissuader la société immobilière Socris de procéder à la construction d'un complexe immobilier, Le Jardin des Arts, sur l'emplacement de la maison Baldwin.

 

« Nous voulons racheter la maison grâce aux fonds versés par des philanthropes », nous explique Shannon Cain, qui précise avoir été spécialiste des fund raisings à l'américaine. « Nous avons proposé un partenariat à Monsieur Chambon, avec la perspective d'un partenariat public-privé pour réhabiliter le site et en faire une résidence d'artistes : cela fait 6 semaines que nous attendons une réponse, après 3 demandes successives », explique la militante du collectif des Amis de la Maison Baldwin.

 

« Pour l'instant, Monsieur Chambon ne nous a pas fourni de prix d'achat », ajoute-t-elle. Contactée, la Socris n'a pas encore fourni de réponses à nos questions. La somme nécessaire pour l'arrêt des travaux sur l'ensemble de la propriété s'élèverait à 9 millions €, selon les estimations, mais Shannon Cain est persuadée qu'une levée de fonds de cette hauteur est envisageable. « Monsieur Chambon pourrait finalement se retrouver avec un bénéfice plus important qu'avec son projet », assure-t-elle.

 

D'après Cain, deux conseillers d'Audrey Azoulay, alors ministre de la Culture, l'avaient reçu l'année dernière, et lui avaient conseillé de qualifier la bâtisse « Maison des Illustres », un label créé « pour signaler au public les lieux dont la vocation est de conserver des collections en rapport avec des personnalités et de leur donner une meilleure visibilité ».

 

La collection des Amis de la Maison Baldwin demande désormais au public de contacter le promoteur immobilier afin de faire pression sur lui.

 

Contactés, le ministère de la Culture, la direction générale du Patrimoine et la Direction régionale des Affaires culturelles PACA n'ont pas encore donné suite à nos demandes.

 

« La propriété ne fait pas partie de l'esprit de Baldwin »

 

Les démarches de Shannon Cain ne sont toutefois pas soutenues par la famille de James Baldwin : cette dernière s'est battue pendant plus de 20 ans pour réclamer la propriété sur la maison. À la mort de l'écrivain, ses proches ont cherché l'acte de propriété de sa demeure de Saint-Paul-de-Vence, demeuré à ce jour introuvable. De son côté, l'ancienne propriétaire de la maison de Baldwin avait légué l'intégralité de son appartement et de ce qu'il contenait à son aide ménagère.

 

La suite de l'affaire a pris un tour inattendu : l'aide ménagère a retrouvé un acte de propriété pour la maison de Baldwin dans l'appartement qu'elle avait reçu, et a donc fait valoir ses droits sur la demeure. Après 20 ans d'actions en justice, la famille de Baldwin « s'est épuisée », explique-t-on.

 

Le Collectif James Baldwin, association française à but non lucratif qui défend l'héritage intellectuel et l'œuvre de l'écrivain, considère aussi que l'action de Shannon Cain est contre-productive. « Certes, le souhait de James Baldwin était que sa maison devienne une résidence d'écrivains, mais il ne souhaitait pas que cela se fasse n'importe comment. Depuis 2 ou 3 ans, le collectif de Shannon Cain manque de tact avec le promoteur, avec la famille et avec notre collectif », explique son président Samuel Légitimus.

 

L'ancienne maison de James Baldwin va disparaître
au profit d'un projet immobilier

 

« Baldwin n'aurait pas voulu que l'on rachète sa maison à coup de millions, ou que l'on en fasse un gigantesque complexe à rentabiliser. La propriété n'est pas dans l'esprit de Baldwin », martèle le président. Prenant appui sur le fait qu'une partie de la maison est classée en tant qu'authentique bastide provençale, le Collectif James Baldwin souhaite protéger la propriété, dont deux ailes ont déjà été détruites.

 

Le Collectif propose de signer une pétition, et entend bien « faire appel à la conscience nationale et obtenir le soutien du ministère de la Culture ».

 

Toutefois, un permis de démolir semble bien avoir été accordé au propriétaire du terrain : selon une source proche du dossier, ce permis faisait état de pièces qui n'existaient pas dans la maison, et semblerait donc avoir été fait en dehors des règles en vigueur... Contactée, la mairie de Saint-Paul-de-Vence n'était pas disponible pour répondre à nos questions.