La Parisienne à travers les siècles et la littérature

La rédaction - 15.12.2015

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Plus qu’une indication géographique, être Parisienne est un concept. Figure immanquable des grandes rues de la capitale qu’elle arpente nonchalamment, la Parisienne participe au charme de Paris au même titre que la tour Eiffel, la Seine, Montmartre. Femme élégante et sûre d’elle, caractérisée par son élégance et son raffinement, elle aime boire du vin rouge et fumer des cigarettes. La Parisienne a du chien, c’est une canaille qui a de l’esprit et qui ne manque pas d’en abuser. 

 

Parisiennes

Petit Louis, CC BY 2.0

 

 

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Mythe qui fascine, la Parisienne est analysée, disséquée à la loupe par les femmes qui l’entourent. On l’envie et on la copie, on écrit des livres sur elle. Depuis quelques années sa popularité est remontée en flèche. How to be a parisian ? Telle est la grande question des Américaines de l’Upper East Side. Des manuels pour « devenir parisienne » (sans habiter à Paris, puisque vous l’aurez compris l’allure l’emporte sur le lieu) se multiplient dans les rayons des librairies : La Parisienne, d’Inès de la Fressange ; Paris Street style, d’Isabelle Thomas ; mais surtout le best-seller écrit à quatre mains How to be a parisian wherever you are.

 

Si ces conseils sont ceux de femmes du XXIe siècle, il n’empêche qu’on retrouve dans les traits de la Parisienne version 2015 des traits qui ne datent pas d’y hier. Point d’aboutissement de l’élaboration de la féminité parisienne, ces manuels prennent racine dans trois siècles de littérature. 

 

La réputation de la Parisienne ne date pas d’y hier. Rousseau en dressait déjà un portrait avant la Révolution française dans la Nouvelle Héloïse, roman qui se veut le chantre de la vie champêtre. Férue de mode, elle plie Versailles à ses exigences stylistiques. Dépensant l’argent de son époux dans les parures, les bijoux et les vêtements, elle est frivole : une vraie fashion-victim dirait-on aujourd’hui. C’est par le souci de sa toilette qu’elle se distingue des jeunes femmes de province. La mode est pour elle un moyen d’affirmer sa place dans la société : le vêtement la classe ou la déclasse.

 

La Parisienne se pare d’artifices et ses artifices la parent réciproquement de caractéristiques morales : les fards dont elle se poudre font d’elle une aguicheuse, une femme pas farouche qui ne craint ni la séduction ni l’adultère. La Parisienne est masculine dans ses comportements, et ce, dès le XVIIIe siècle : pas question de voir en elle le doux sexe faible, protégé dans sa tour d’argent. La gouaille et l’assurance de la Parisienne s’expliquent par sa promiscuité avec la gent masculine via les lieux de sociabilité ouverts à tous dans la capitale.

 

La Parisienne est bien différente de la Julie louée et encensée par Rousseau, jeune fille simple et sensible, peu portée sur les apparences. Le succès de La Nouvelle Héloïse a largement contribué à l’élaboration et à la diffusion de cet archétype peu flatteur. Toutefois même Rousseau reconnaissait aux Parisiennes leur vivacité d’esprit et leur intelligence.

 

Dès lors la Parisienne était lancée : on ne l’arrêtera plus. Le XIXe siècle l’aidera à prendre son essor face à un Parisien bien triste : dès 1830 le coquet dandy laisse la place à l’homme au costume plus simple et plus sombre. Au contraire, en ce siècle bourgeois la Parisienne rayonne. Plus encore, elle se doit de rayonner puisqu’elle est la vitrine de la fortune de son mari. Balzac décrit à merveille dans son œuvre le décalage croissant entre la provinciale et la Parisienne. Prenons Lucien, personnage principal des Illusions Perdues : fou amoureux de Madame de Bargeton quand ils habitent à Angoulême, il déchante rapidement quand il découvre le raffinement des femmes de la capitale. Sa douce lui semble tout à coup bien endimanchée… La Parisienne, avec son élégance et ses apparats, reconstitue la mondanité et l’aristocratie perdues depuis la Révolution française, elle promeut l’ascension de nouvelles élites.

 

Petites misères de la vie conjugale

 

 

Une autre figure se dessine également au XIXe siècle sous la plume de Balzac : la prostituée, rendue célèbre par ses Splendeurs et misères des courtisanes, représentée par le personnage d’Esther. Elle séduit ce même Lucien des Illusions Perdues. Les lieux de plaisir et de divertissement se multipliant, Paris devient la capitale de l’érotisme. Les femmes aux mœurs légères prennent une place notable dans la société du Second Empire et de ce fait dans la littérature. Dans Nana, Zola raconte comment une cocotte a pu affoler les plus hauts dignitaires du Second Empire. 

 

Mais la prostituée et la Parisienne – femme de notable, sont-elles à opposer radicalement ? Je ne crois pas. Si elles n’appartiennent pas à la même classe sociale il n’empêche qu’elles viennent toutes les deux alimenter l’image que Rousseau peignait déjà au siècle précédent. La Parisienne réunit en son sein les contraires, sans les compromettre : elle est à la fois respectable et légère, sophistiquée et grande gueule, intellectuelle et séductrice.

 

C’est à cette époque que la Parisienne commence à déambuler dans les rues (pas encore armée de ses escarpins Roger Viviee), la flânerie devenant monnaie courante. Plus besoin d’aller au théâtre pour apercevoir la Parisienne : Paris devient son théâtre. 

 

La cocotte prospère dans le Paris de la Belle Epoque, elle devient une demi-mondaine. L’exemple le plus connu est certainement l’Odette de Proust dans La Recherche du Temps perdu. « La Dame en rose » est entretenue par l’oncle du narrateur. Elle fonde son salon qui devient l’un des plus brillants de Paris : femme légère oui, mais ayant toujours du goût, la Parisienne est raffinée. Elle se distingue par-là de ses copies folkloriques, les danseuses de cancan du « gai-Paris ».

 

La Parisienne fortement érotisée s’assagit au début du XXe siècle et se distingue des « petites femmes » de Pigalle. Séductrice, elle l’est toujours, mais tout en retenue. Elle abandonne son décolleté pigeonnant au profit de tenues moins tape-à-l’œil. On entend déjà Coco Chanel « Avec les accessoires, le plus important c'est de toujours enlever le dernier que l'on a ajouté »… La Parisienne devient chic. 

 

 

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