La recette de bonbons anti-vision démoniaque d'une mystique du XIVe siècle

Cécile Mazin - 02.03.2017

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Mystique anglaise née au XIVe siècle, Margery Kempe a longtemps suscité de vifs débats auprès des scientifiques. Auteure d’un livre assimilé à la première autobiographie en anglais, elle aurait vu le Christ à son chevet. Et manifestement, elle se concoctait de petites pilules maison pour y remédier.

 

 

 

The Book of Margery Kempe est particulièrement connu et étudié : ce tissu de récits souvent décousus fait état de la piété autant que du cheminement mental de cette femme. Réhabilitée avec le temps par les historiens, elle fut longtemps assimilée à une joyeuse excentrique, voire une démente. Mais de nouvelles recherches semblent avoir éclairci l’un des différents points encore mystérieux.

 

Dans l’un des passages, Dieu parle à Margery et lui dit : « [Le diable] est en colère contre toi, parce que tu le tourmente plus de tes larmes que le feu de l’enfer. Tu remportes l’adhésion de nombreuses âmes avec tes pleurs. » Une conversation tout à fait banale avec un être divin.

 

Ce qui l’est moins, a relevé le Dr Laura Kalas Williams, chercheuse à l’université d’Exeter, c’est une recette de bonbons médicinaux, que l’on retrouvait dans les mémoires de Margery. Selon les conclusions de l’universitaire, il s’agirait d’un remède pour tenter de contrer les attaques votives dont elle pouvait faire l’objet.

 

Les analyses opérées par les scientifiques dans cette recherche sont parvenues à détailler les ingrédients de ladite recette. Ils ont abouti à l’idée que ces derniers permettraient de soigner des « flux », passant de problèmes sanguins à des excrétions, ou même la dysenterie.

 

Alors qu’est-ce que l’on trouvait dans cette recette ? Le manuscrit ayant été publié en 1438, les chercheurs ont eu le temps d’y bosser. Manifestement, que des choses naturelles : anis, graines de fenouil, muscade, cannelle, gingembre, qu’il fallait agglomérer et faire chauffer. Ensuite, on laisse la pâte sécher.

 

 

 

La présence de cette décoction dans le livre n’est pas le fruit du hasard : peut-être une recommandation pour d’autres, qui comme elle souffriraient de graves troubles. Margery avait même reçu l’extrême-onction, pensant qu’elle allait mourir suite à l’une de ses crises. Elle était d’ailleurs célèbre pour ses cris et ses pleurs très bruyants – au point d’avoir été arrêtée pour hérésie, et avoir frôlé le bûcher de très près.

 

Par le passé, nombre d’hypothèses ont germé, pour expliquer ces pleurs et les effondrements qui s’en suivaient. Épilepsie, troubles bipolaires, schizophrénie... ou encore dépression post-partum. On savait que ses premières expériences religieuses et les tourments démoniaques dont elle a souffert ont suivi de près sa première grossesse.

 

Or, le livre fut dicté entre 1436 et 1440, et rédigé à l’attention de son fils... Alors Neo, la pilule bleue ou la pilule rouge ?

 

 

via Guardian