La Revue blanche, un monument de la pensée anarchiste et du style nabi

Antoine Oury - 27.12.2016

Patrimoine et éducation - Patrimoine - La Revue blanche - La Revue blanche pdf - Félix Fénéon


À la fin du XIXe siècle, les journaux gagnent en illustration grâce à l'amélioration des techniques d'impression : les premiers à en profiter ne sont pas forcément les lecteurs, puisque de nombreux illustrateurs, peintres et affichistes peuvent ainsi publier plus régulièrement leurs oeuvres. La Revue blanche, créée en 1889, fut à la fois le siège des peintres nabis et des penseurs anarchistes du début du XXe siècle.

 

Détail d'une illustration de Toulouse-Lautrec pour La Revue blanche, en 1895

(via Gallica)

 

 

La Revue blanche naît en Belgique, à Liège, sous l'impulsion des frères Alexandre, Thadée et Louis-Alfred Natanson, fils d'un riche banquier polonais émigré à Paris : les fondateurs de la revue sont de fervents amateurs d'art qui font preuve d'une réelle volonté de soutenir les jeunes artistes, mais ce sont bien ces derniers et les secrétaires de rédactions de La Revue blanche qui en feront un journal anarchiste.

 

En effet, La Revue blanche est avant tout un périodique littéraire au moment de sa création : composée uniquement de textes jusqu'en 1893, elle propose alors des chroniques théâtrales, des « formes brèves » (textes en prose à tendance volontiers poétique) et des essais suscitant ou nourrissant le débat d'idées. Diffusée uniquement à Paris depuis le déménagement de la rédaction dans la capitale française en 1891, elle devient la défense des avants-garde, qu'elles soient littéraires, musicales, théâtrales ou picturales, et se présente comme la rivale du Mercure de France, revue française historique qui remonte, mine de rien, à 1672.

 

Le tournant anarchiste de la revue est particulièrement sensible avec l'arrivée de Félix Fénéon au secrétariat de rédaction (pour remplacer Léon Blum) en 1896 et jusqu'au dernier numéro, en 1903 : le journaliste et critique d'art fait profiter la revue de son talent pour découvrir celui des autres. Les noms de Mallarmé, Verlaine, Gide, Claudel, Apollinaire, Tchekhov ou encore Jules Laforgue reviennent régulièrement dans les colonnes. Elle devient le support d'une voix politique anticolonialiste, laïque et pacifiste.

 

Du côté des illustrations, la revue reste assez économe malgré quelques reproductions en couleurs d'oeuvres réalisées exclusivement pour La Revue blanche. On retrouve dans ses pages Toulouse-Lautrec, Félix Vallotton et Pierre Bonnard, les fers de lance, qui collaborent parfois directement avec les écrivains.

 

Malgré ses quelques années d'existence (avec 257 numéros au total), bien moins que L'Assiette au beurre, La Revue blanche se fait une réputation honorable qui lui permet d'atteindre les 10.000 exemplaires en circulation dans ses plus beaux jours. Alexandre Natanson créera en 1897 Le Cri de Paris, plus tourné vers les caricatures et l'illustration, pour prolonger l'aventure et apporter un supplément plus politique à La Revue blanche.

 

 

La bibliothèque Gallica propose les numérisations des 30 tomes des rééditions Slatkine de la fin des années 1960, qui permettent de découvrir un grand nombre de numéros de La Revue blanche, essentiellement par les textes.

 

via Revue Trans, Wikipédia