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Lao She, de l'écriture patriotique à la victime de la révolution culturelle

Victor De Sepausy - 23.12.2016

Patrimoine et éducation - A l'international - Lao She écrivain - domaine public 2017 - Chine auteur


Au cours du mois de décembre, le collectif SavoirsCom1 proposer de découvrir des artistes dont les œuvres compteront dans le domaine public l’an prochain. Une fabuleuse initiative qui démontre toute la vivacité de ce catalogue de créations et sa diversité désormais détenu par tout un chacun. Un bien commun dont il ne faut que s’emparer pour le faire vivre. Aujourd’hui, le Chinois Lao She, présenté par Thomas Colombéra.

 

 

 

« Lao She est un écrivain moderne, l’un de ceux qui a exprimé avec le plus de force et de sincérité la nécessité de la révolution chinoise et de la rencontre entre l’Orient et l’Occident. La rencontre de la fantaisie et du foisonnement romanesque traditionnel chinois et du réalisme et de la psychologie inventés par le roman européen au dix-neuvième siècle ». (J.-M. G Le Clezio, préface à Quatre Générations sous un même toit, 1996)

 

Pas assez connu en France, Lao She est un romancier et dramaturge chinois du XXe siècle. Né en 1899, il écrira des romans, des nouvelles et des pièces de théâtre qui s’inspireront largement du milieu pékinois. En effet, Shu Qingchun de son vrai nom est de descendance mandchoue de Pékin. Son père meurt alors qu’il est enfant et sa mère, pour subvenir aux besoins de sa famille, travaillera comme blanchisseuse. Ces expériences difficiles marqueront profondément Lao She.

 

Son œuvre la plus lue en France est sans conteste le Pousse-pousse. Publié en 1937, ce roman décrit l’histoire d’un paysan en exil à Pékin où il tente de devenir conducteur de pousse-pousse. Malgré la meilleure volonté du monde, son manque d’argent l’empêche de survivre à la société pékinoise si difficile.

 

Ce roman est souvent vu comme une critique de nos sociétés gouvernées par l’argent et, sans lui porter un caractère universel, on peut toujours lire avec le même intérêt son roman. La critique de la société a beau ne pas être directe, elle est prégnante et la description pathétique du personnage touche le lecteur.

 

On retrouve ce type de descriptions dans ses pièces de théâtre, au premier rang desquelles La Maison de thé, qui décrit là encore la société pékinoise. L’écrivain contemporain Lang Yong dit d’ailleurs de lui au Global Times que « ses œuvres sont comme le douzhi de Pékin [boisson de haricot fermenté typique de la capitale] : piquantes, nutritives, avec un arrière-goût persistant ».

 

Au tournant de l’année 1937 et suite au début de la guerre sino-japonaise, Lao She développera une écriture patriotique et utilisera son talent d’écrivain au service de son pays, c’est-à-dire notamment au service de Mao Zedong et du régime communiste.

 

Cependant, il sera en 1966 une victime de la révolution culturelle, purge de l’élite intellectuelle chinoise. Suite à l’humiliation publique et alors âgé de 67 ans, Lao She meurt deux jours après d’un suicide par noyade. Cette version officielle sera remise en cause, notamment en France et par sa femme, mais reste celle qui domine en Chine et à l’étranger.

 

Au-delà de ses œuvres de théâtre et ses romans, Lao She a laissé un héritage bien vivant en Chine, après avoir été réhabilité et republié par le régime à la fin des années 1970. C’est particulièrement le cas à Pékin, puisqu’un prix, le prix littéraire Lao She, est décerné tous les deux à trois ans à des œuvres pékinoises. Il s’agit d’un des prix littéraires les plus prestigieux de Chine.

 

Gageons que son entrée dans le domaine public, quelques années après le centenaire de sa naissance, y participera encore davantage.

 

Sources
La page wikipédia en français
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lao_She

 

La page wikipédia en anglais
https://en.wikipedia.org/wiki/Lao_She

 

La page wikipédia de son roman Le Pousse-pousse
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Pousse-pousse

 

Un article en anglais dans le Global Times
http://www.globaltimes.cn/content/759869.shtml

 

Une interview de son fils dans Libération
http://next.liberation.fr/livres/1998/06/25/vie-et-mort-de-lao-she-racontees-par-son-fils_239617

 

Un article dans Rue 89 sur la traduction de son premier roman
http://rue89.nouvelobs.com/chinatown/2009/09/04/un-evenement-la-traduction-du-premier-roman-de-lao-she-116174