Le Bréviaire de Saint-Louis de Poissy, manuscrit convoité par l'État

Camille Cornu - 14.12.2015

Patrimoine et éducation - Patrimoine - trésor national - manuscrit saint-louis - mécennat


Lorsqu'il s'agit d'acquérir des oeuvres classées Trésor national, l'État lance des appels au mécénat auprès des grandes entreprises. Une façon pour les entreprises de redorer leur image, et de bénéficier d'une déduction fiscale de 90%. Dimanche, la ministre de la Culture et de la Communication a lancé un appel au mécénat pour acquérir deux oeuvres classées trésor national, dont un manuscrit sur parchemin, datant de 1310-1315.

 

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"Saint Louis, roi de France, et un page" par El Greco. Domaine Public. Entre  1590 et 1597.

 

 

La ministre de la Culture et de la Communication a lancé un appel au mécénat pour l'acquisition par l'État, pour la Bibliothèque nationale de France, du Bréviaire de Saint-Louis de Poissy. L'objet convoité est un manuscrit sur parchemin, 500 à 600 feuillets non numérotés, Paris, vers 1310-1315, reliure de la seconde moitié du xvie siècle, 176 × 115 mm. Sa valeur d'achat est fixée à 1,5 million €. 

 

Témoignage de la dévotion à Saint Louis, ce bréviaire illuminé présente le premier cycle iconographique connu de la vie de Louis IX. Probablement commandé par Philippe le Bel à Richard de Verdun, gendre de Maître Honoré, pour sa cousine la religieuse Marie de Bourbon-Clermont, petite-fille de Saint-Louis, à qui le roi avait confié la nouvelle abbaye de Poissy fondée en 1304 sur le lieu de naissance de son aïeul, ce rare manuscrit intègre la plus ancienne représentation de la Grande Châsse de la Sainte-Chapelle.

 

En participant à cet achat, les entreprises imposées à l'impôt sur les sociétés peuvent bénéficier de la réduction d'impôt sur les sociétés prévue à l'article 238 bis 0A du code général des impôts « égale à 90 % des versements qu'elles pourraient effectuer, dans la limite de 50 % de l'impôt dû au titre de l'exercice considéré ».

 

Le même jour, le ministère a également lancé un appel pour acquérir une peinture de Roberto Matta-Echaurren (1911-2002), peintre proche du surréalisme et d'André Breton, pour le Centre Georges Pompidou. « Cet homme-minotaure surgissant d'un fond d'or, pourvu de cornes et pointant son arme à trou de serrure vers le spectateur, s'inspire d'influences aussi diverses que la figure d'Uli, l'effigie d'ancêtre océanienne dont Breton conservait un masque cérémoniel, l'Objet invisible d'Alberto Giacometti ou les personnages totems de Victor Brauner », précise l'État. Son acquisition « constituerait un enrichissement majeur des collections publiques ». Sa valeur d'achat est fixée à 1 million €.

 

Interrogées par Connaissance des Arts Magazine, Anne Distel et Claire Chastanier du département des collections à la Direction des musées de France revenaient sur cet aspect juridique spécifique aux œuvres classées « trésor national » : 

 

Le mot mécénat est un peu erroné puisqu’en fait l’État paye 90 % et l’entreprise 10 % du montant. L’intérêt pour l’État est qu’il ne s’agit pas de crédit budgétaire, mais d’une moins-value fiscale. Pour les musées, c’est une rallonge sur leurs budgets. Le ministère des Finances nous concède une ardoise pour des cas exceptionnels et d’ailleurs un représentant de ce ministère est présent dans la commission consultative. C’est aussi un moyen d’inciter les grandes entreprises françaises prospères à donner une obole de 10 % sur des montants importants. Sur un achat de plusieurs millions d’euros, il s’agit d’ailleurs d’une contribution tout à fait conséquente qu’il ne faut pas minimiser, mais elle est souvent largement compensée par le retour sur image.