Le cercueil qui contiendrait Michel de Montaigne n'a pas encore livré ses secrets

Nicolas Gary - 20.11.2019

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Michel Montaigne - cercueil Montaigne ADN - science authentifier corps


Voilà un an, précisément, était découvert un cercueil qui abriterait supposément la dépouille de Michel de Montaigne. Déniché dans les sous-sols du musée d’Aquitaine, à Bordeaux, il avait fait l’objet d’une conférence de presse menée par Alain Juppé, maire actuel de la ville. À près de 500 ans de distance, une étonnante conversation.


ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Coup archéologique d’enfer, ou imposture complète, au moment de la présentation en novembre 2018, les doutes étaient permis, mais penchaient en faveur de la jolie surprise

« On a un cercueil et une plaque, mais on ne sait pas encore ce qu’il y a à l’intérieur. Donc, déjà, il faut l’ouvrir, et voir s’il y a ou non des restes humains. Et s’il y a des ossements, voir si on peut ou pas les rattacher à Montaigne. Nous allons donc procéder à des analyses biologiques, puis à des analyses ADN ; et pour cela, il faudra trouver un descendant ou une descendante du philosophe. Ce sera alors le travail des paléogénéticiens », indiquait alors Hélène Réveillas, archéoanthropologue, en charge des recherches.

Localisée plus de 400 ans après la mort du philosophe et premier magistrat de la ville, la dépouille avait des accents de découverte miraculeuse.
 

“J'aime mieux forger mon âme que la meubler.”


Or, ce 18 novembre, les sceptiques semblent avoir gagné du chemin : non seulement l’identification ne serait clairement pas simple, mais plus encore, définir si la dépouille à l’intérieur est bien celle de Montaigne devient moins crédible encore. 

L’an passé, c’est avec une mini-caméra qu’avait été inspecté l’intérieur du cercueil. De quoi exciter la curiosité des scientifiques et chercheurs, pour qui se multipliaient les interrogations. Et pour cause, au menu « identification de l’occupant du cercueil, du crâne placé dans la partie inférieure du tombeau et histoire de la sépulture », indiquait alors la mairie. 

Pour mieux mesurer la complexité de la chose, il faut se souvenir que le philosophe avait été enterré en 1593 au couvent des Feuillants, qui devint par la suite le lycée de Bordeaux. Mais ce dernier subit un incendie durant le XIXe siècle, et l’on aurait alors déplacé Michel, sans lui demander son avis, au cimetière de la Chartreuse. 

Sa transhumance post-mortem ne s’arrêta cependant pas là : le cercueil partit en effet pour la fac de sciences et de lettres, ex-couvent des Feuillants, qui est aujourd’hui… le musée d’Aquitaine. Raison pour laquelle la bière y fut découverte.

Sciences et avenir fait cependant état de l’ensemble des contradictions et difficultés qui se posent. Pour les indices les plus évidents, le nom gravé sur une plaque de cuivre, qui indique que l’on aurait bien affaire à Michel de Montaigne. Facile : c’est comme le port salut, c’est donc marqué dessus. 
 

ADN, séquelles ou... hasard ?


Une équipe transdisciplinaire planche sur la question : en premier lieu, tenter de trouver de l’ADN, pour le confronter à celui des descendants. Le temps ne joue pas en faveur des chercheurs en ce moment — et encore faut-il trouver des traces qui soient probantes, ou simplement qui existent. En effet, rien n’indique que l’état de conservation — découlant de celui de l’inhumation — le permettra.

Autre possibilité, chercher des traces physiques, ou plutôt les séquelles d’une chute à cheval que Montaigne avait lui-même décrite. « Si nous ne parvenons pas à retrouver des descendants directs, il faudra s’appuyer uniquement sur les constatations morphologiques faites sur les ossements », poursuit Hélène Réveillas.

Il est possible également de vérifier si le cœur du philosophe est bien… absent : il aurait en effet été prélevé pour être conservé dans la chapelle de son château. Mais au risque alors de détruire la cage thoracique.  

La dernière alternative, plus philosophique, consisterait à faire intervenir La Boétie, pour qu’il confirme bien que c’était moi, c’était lui. Mais là encore, pas si simple…


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.