House of Cards et Shakespeare: Franck Underwood, autre Richard III

Clément Solym - 22.04.2014

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Shakespeare - Franck Underwood - Richard III


Avec Kevin Spacey et David Fincher dans les rôles phares, la série House of Cards est adaptée du roman de Michael Dobbs, éponyme. Le bonhomme est d'ailleurs à l'image de la série : c'est tout à la fois un politicien, conservateur, et un auteur de best-seller. Qui ne manque d'ailleurs pas d'humour. La publication de son livre a débuté en même temps que sa carrière, en 1989, et House of Cards fut le premier volume d'une trilogie.  

 

 

 

 

 

Pour Anthony Howard, cité dans le Times, Dobbs s'inscrit dans la lignée d'auteurs aussi prestigieux que Tolstoï, Walter Scott, ou encore Shakespeare. « Et contrairement à certaines de leurs prestigieuses oeuvres, le roman de Dobbs est, dans les faits, historiquement exact. » Et la récompense de Livre politique de l'année, reçue certes pour d'autres ouvrages, ne dément assurément pas ces qualités.

 

Pas vraiment très étonnant, dans ce cas, que l'on puisse s'amuser à trouver des traces de Shakespeare… dans la série télé. Reprenons : House of Cards raconte l'ascension de Frank Underwood, un démocrate élu à la Chambre des représentants, et qui a aidé Garrett Walker à devenir le président des États-Unis. Un échange de bons procédés, par lequel Underwood devait obtenir le poste de Secrétaire d'État. Manque de chance, sur un échiquier politique, les pièces ont parfois une logique de déplacement qui leur est propre. 

 

 

 

 

Voilà donc que Frank se met en quête d'un pouvoir qui lui échappait, et va tenter de tout faire pour obtenir le poste de vice-président. Voilà une grande partie de la saison 1. Attention, dans la saison 2, la situation aura largement évolué. Peut-être est-ce au travers de cette quête du pouvoir que les universitaires se lancent dans des analyses passionnées, voyant dans l'oeuvre de Dobbs, et l'adaptation en série télé, un format narratif proche de celui de Shakespeare. Ce serait même le thriller politique qui serait le plus proche des pièces du Barde, souligne The Week.

 

Des personnages complexes, et torturés, de l'ambition, de la jalousie, du machiavélisme et des manipulations politiques terrifiantes, voilà autant de thèmes que l'on retrouve facilement dans les pièces de Shakespeare. Quelque part entre Macbeth et Richard III, on aurait donc des nuances de Franck Underwood. Voici tout un podcast dans lequel, en anglais, des universitaires évoquent la question. 

 

 

 

 

Pour creuser encore un peu la piste, le personnage qu'incarne Kevin Spacey, ce politique assoiffé de pouvoir, qui partagerait de nombreux traits de caractère avec Richard III. Petit retour : 

 

Ma conscience a mille langues, et chaque langue

Raconte une histoire, et chaque histoire me

Condamne comme scélérat. Le parjure, le parjure,

Au plus haut degré, le meurtre, le meurtre cruel,

Au plus atroce degré, tous les crimes, poussés au

Suprême degré, se pressent à la barre criant tous :

Coupable ! coupable !»

Ô roi criminel, maître des cruautés et des traîtrises,

La démesure de ton ambition t'a fait commettre les

Pires violences.

 

Richard III, le plus célèbre des tyrans shakespeariens, apparaît comme l'une des incarnations les plus tragiques du vice au pouvoir. Depuis sa composition à la fin du XVIe siècle, la popularité du Richard III de Shakespeare ne s'est jamais démentie sur scène ou à l'écran. Cet anti-héros par excellence est pourtant un personnage historique bien réel, acteur majeur dans la tourmente des guerres civiles anglaises -la fameuse guerre des Deux-Roses-, à la fin du XVe siècle. Dernier roi yorkiste, il s'empare du pouvoir en 1483, à la mort de son frère Édouard IV, en éliminant ses jeunes neveux. Son règne fut bref : le 22 août 1485, il est vaincu à la bataille de Bosworth par le fondateur de la dynastie des Tudor, Henri, comte de Richmond.

 

 

Richard III, uncle of Elizabeth of York, great uncle of Henry VIII

Richard III

lisby1, CC BY 2.0, sur Flickr

 

 

Pour les Anglais, cet événement marque la fin d'un Moyen Age dont Richard est le fossoyeur. Du jour même de son usurpation, Richard a suscité passions et fascination, qui ont conduit à sa transformation en monstre mythique. Cette biographie souhaite d'abord lui rendre sa dimension historique, replacer ses actes dans le contexte de la société anglaise de la fin du Moyen Âge, en proie à de profondes transformations sociales, politiques et culturelles. Mais il s'agit aussi d'analyser la métamorphose d'un homme au fil des siècles et de comprendre les ressorts de la naissance et du développement d'un mythe nourri par la question de la perversion du pouvoir et de ses conséquences sur l'(in)humanité. 

 

Au coeur du XXIe siècle, Underwood/Richard III est une créature de vengeance et de colère, et chacun des personnages marque - ou veut marquer - la fin d'une époque. D'ailleurs, chose que Riri aurait certainement savouré, ce sont les boutons de manchettes de Franck, avec les initiales F et U, que l'on retrouve aussi dans l'argot Fuck U. Reste à découvrir la saison 2 qui vient de sortir, pour confirmer la tendance de la saison 1 ? (via Abendblatt)