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Le Féminin ne veut plus que le masculin l'emporte 'toujours'

Clément Solym - 07.03.2012

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - féminin - masculin - accord grammatical


Demain sera la journée de la femme, un 8 mars qui depuis quelques jours est préparé par une pétition qui se concrétisera cet après-midi par une manifestation. Avec des manifestants, certes, mais surtout des manifestantes, qui revendiquent la fin de la règle grammaticale imposant que le masculin l'emporte toujours, dans les cas d'accords.

 

Place Colette, devant la Comédie française, on réclamera ainsi avec force que l'on mette en application une règle de proximité. En somme, que l'on accord avec le terme le plus proche. Un projet simple, qui vise avant tout à restaurer, au moins grammaticalement, mais ce serait là un bon début, une certaine parité entre hommes et femmes. 

 

Plusieurs associations féministes soutiennent ce projet, qui remonte à une tradition linguistique que l'on retrouvait avant le XVIIe siècle. C'est finalement avec l'instauration de Richelieu et son Académie française que cette méthode avait été imposée. Et évidemment, depuis, la Coupole n'est pas vraiment aux premières lignes pour ce qui est de changer la règle. 

 

 

 

Trois associations, L'égalité, c'est pas sorcier!, Femmes Solidaires et la Ligue de l'enseignement, ont ainsi signé la pétition mise en ligne, pour « Que les hommes et les femmes soient beaux ! » 

En 1767, le grammairien Nicolas Beauzée écrivait : "Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle". Quand on apprend aux enfants que "le masculin l'emporte sur le féminin", on leur transmet un monde de représentation où le masculin est considéré comme supérieur au féminin. On leur inculque, consciemment ou non, l'idée de la supériorité d'un sexe sur l'autre.

Par la manière dont il façonne les mentalités, le symbolique impacte le réel. La langue permet de dire ce réel, de le transformer. Elle est ainsi, avec le symbolique, l'un des vecteurs de l'égalité. C'est pourquoi, en mars 2011, L'égalité, c'est pas sorcier !, Femmes Solidaires et la Ligue de l'enseignement lançaient la pétition « Pour que les hommes et les femmes soient belles ! » avec l'objectif de populariser la règle de proximité. Selon cette règle, l'accord de l'adjectif ou du participe passé peut se faire avec le nom le plus proche, au féminin ou au masculin.

Cette règle s'appliquait en toute légitimité jusqu'aux 17e-18e siècles. En la réhabilitant aujourd'hui, nous voulons offrir une nouvelle liberté à la langue. Nous voulons bousculer les esprits, les libérer d'habitudes acquises qui soutiennent le sexisme.

 

(voir et signer - éventuellement - la pétition)

 

 

Alors faut-il envisager de changer la règle, et de créer une nouvelle méthode dans la manière de 'parler le monde' ? Interrogé par France Inter, l'Académicien Jean d'Ormesson a un avis sur la question. Ou plutôt, une référence derrière laquelle s'abriter « Claude Levi-Strauss a répondu à la question très très bien », assure l'Académicien, qui rappelle que le neutre n'existe pas en français. Et que ces méthodes ne conviennent pas à la clarté de la langue.

 

Car en 1984, lorsqu'une fois de plus le sujet était revenu sur le devant de l'actualité, l'Académie française s'était fendue d'une déclaration, faisant suite à la création d'une Commission de terminologie que le gouvernement avait mise en place, le 29 février de cette année. 

 

Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss s'étaient attelés à la rédaction de cette déclaration. 

Il convient enfin de rappeler qu'en français la marque du féminin ne sert qu'accessoirement à rendre la distinction entre mâle et femelle. La distribution des substantifs en deux genres institue, dans la totalité du lexique, un principe de classification, permettant éventuellement de distinguer des homonymes, de souligner des orthographes différentes, de classer des suffixes, d'indiquer des grandeurs relatives, des rapports de dérivation, et favorisant, par le jeu de l'accord des adjectifs, la variété des constructions nominales...

Tous ces emplois du genre grammatical constituent un réseau complexe où la désignation contrastée des sexes ne joue qu'un rôle mineur. Des changements, faits de propos délibéré dans un secteur, peuvent avoir sur les autres des répercussions insoupçonnées. Ils risquent de mettre la confusion et le désordre dans un équilibre subtil né de l'usage, et qu'il paraîtrait mieux avisé de laisser à l'usage le soin de modifier. (source)

 

On attend de voir ce qu'il adviendra de cette manifestation de 18h...