Folioscope, feuilletoscope, Kinéographe... Ces petites illusions d'optique ont autant de noms que de brevets déposés autour du concept, en vogue entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, parallèlement au développement du cinématographe. Aujourd'hui mieux connus sous le nom de flip books, ces petits livres permettant de donner vie à un dessin ont annoncé les débuts de l'animation.

 


Collection personnelle d'un créateur de flip books, Ben Zurawski

 

 

Le procédé est plus que simple, mais ingénieux : quelques dessins ou photographies suivent le déroulement d'une action, et la persistance rétinienne fait le reste. En faisant défiler rapidement les pages d'un petit livre, le quidam de la fin du XIXe siècle pouvait assister aux prémisses du cinéma, après l'achat d'un folioscope.

 

Le premier exemple de ce genre éditorial apparaît au Royaume-Uni, revendiqué par John Barnes Linnett en 1868, sous le nom de Kinéographe. À sa mort, le brevet sera revendu à un Américain. En France, c'est le fabricant de jouets Charles Auguste Watilliaux qui s'empare le premier de cette technologie, en 1896. Si les expérimentations des frères Lumières se révèlent dès 1895, ces ouvrages vont ouvrir la voie.

 

 

 

 

Le collectionneur et créateur Ben Zurawski marche aujourd'hui dans les traces de son père, après avoir repris sa collection de flip books. « Je me souviens, j'étais comme hypnotisé. On ne voyait des dessins animés qu'à la télé, mais, avec un flip book, je pouvais les créer juste dans mes mains », explique-t-il à Collector's Weekly.

 

En tant que collectionneur, Zurawski est servi : entre la fin du XIXe siècle et pendant la première moitié du XXe, ces petits livres deviennent les vecteurs de tout ce qu'allaient porter le cinéma et la télévision, des années plus tard. Événements historiques ou sportifs, publicité, sketchs, westerns, cartoons... La société Biofix, basée à Paris, Londres et Bruxelles, proposait même aux passants de créer leur flip book, à l'aide d'une série de photographies prises dans un studio spécifique.

 

 

 

 

L'arrivée du cinéma ne coupera pas immédiatement le marché : des adaptations de dessins animés sont publiées sous cette forme, et des scènes de certains films, comme Le Champion de Charlie Chaplin, reprises dans un format relié. Des contenus pornographiques ont rapidement utilisé ce mode de diffusion, étant donné sa discrétion...

 

Zurawski est également devenu artisan, et fabrique lui-même des flip books, sur commande, pour un peu moins de 400 $.