Rentrée littéraire : La fashion week des libraires


Récemment, une enquête de l’Institut européen d’administration des affaires faisait état du rayonnement des différentes langues à travers le monde. Si parvenir à mesurer leur utilisation est assez complexe, il n’en restait pas moins que le français serait bien la troisième langue parlée au monde. Anglais, espagnol, français ont pourtant un ancêtre très commun.

 

français langue parlée monde indo-européen

JeanneMenjoulet&Cie, cc by nd 2.0

 

 

Dans l’étude de Kai Chan, économiste de l’INSEAD, on apprend en effet qu’à travers une vingtaine de critères relativement objectifs, il est possible d’estimer la vivacité et la pratique des langues. Anglais et mandarin seraient en tête, et le français troisième. « Le français est associé à des pays comme la Belgique, la Suisse, le Canada, la France des pays très puissants grâce à leur culture et leur PIB », explique-t-il. Des enjeux économiques, principalement, et sans grande surprise. (via Radio Canada

 

La fable du Mouton et des chevaux

 

Si au commencement était le Verbe, il verbalisait probablement dans une langue aujourd’hui appelée proto-indo-européen. Sorte de giron linguistique de l’Eurasie, ce langage a fini par se déployer à travers le continent, expliquant pourquoi du russe à l’espagnol, en passant par le polonais, on retrouve certaines similitudes.

 

L’un des artisans de cette langue reconstituée est l’Allemand August Schleicher : ce linguiste est en effet le premier à avoir travaillé sur ces langues anciennes, établissant que finalement, le sanskrit n’est pas la langue originelle que l’on avait crue. Le proto-indo-européen serait apparu aux alentours du cinquième millénaire avant notre ère – il est donc vieux d’environ 7000 ans après un rapide calcul. 

 

Schleicher avait développé une méthode scientifique lui permettant de remonter les racines des mots jusqu’à aboutir à une langue préhistorique, supposément mère de toutes les autres. Son travail reposait sur la reconstruction tant linguistique que phonétique, sans aucun appui – les enregistrements d’époque sont assez rares.

 

“Le français est la langue de la raison, de la liberté, de l'émancipation” (F. Hollande) 

 

Mais August Schleicher était aussi un joyeux boute-en-train : entre deux séances de quête d’une langue mère, sorte de langage babelien primitif, il composait aussi des fables. Une, plus précisément, baptisée Le Mouton et les chevaux, ou Avis akvāsas ka en proto-indo-européen, a assuré sa renommée depuis 1868. 

 

Réécrite à plusieurs reprises, au fil des découvertes effectuées, elle avait été récitée et présentée par Archaeology : 

 

 

Et pas plus tard qu’en 2012, Ridley Scott intègre une séquence dans son film Prometheus, où un linguiste apprend justement ce texte totalement artificiel, et inventé de toutes pièces. 

 

 

 

L’avantage majeur de cette histoire de moutons et de chevaux? « Étant donné qu’il y a un désaccord monstrueux entre les universitaires au sujet de cette fable, pas une seule version ne peut être considérée comme définitive », explique Eric A. Powell. (source)

 

D’ailleurs, il suffit de se rendre sur la fiche Wikipédia pour s’en rendre compte : non seulement les versions divergent de façon assez significative (visible à condition que les navigateurs parviennent à afficher cet idiome improbable), mais surtout, les traductions elles-mêmes seraient sujettes à interprétation. 

 

Selon l’économiste de l’INSEAD, cela n’empêchera pas le français de perdre son statut d’ici 2050, probablement remplacé par l’espagnol qui occupera la 3e place. D'ailleurs, la fable de Schleicher est certainement méconnue de la plupart des locuteurs dérivés de l'indo-européen à ce jour. L’Organisation internationale de la Francophonie peut donc continuer de s’enorgueillir de ce que 275 millions de locuteurs à travers le monde parlent tout de même le français.