Le gouverneur du Tennessee refuse la Bible comme livre officiel de l’État

Orianne Vialo - 19.04.2016

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Bill Haslam, gouverneur républicain du Tennessee, a opposé son veto une semaine après que le Sénat de l’État du Tennessee a voté favorablement un projet de loi présenté en avril 2015 dernier à la Chambre des Représentants. Proposé par son collègue républicain Jerry Sexton, ce projet aurait fait de la Bible le livre officiel du Tennessee.

 

Photo d'illustration (Szilas / Domaine public) 

 

 

Dans une lettre adressée à la Chambre des Représentants, Bill Haslam explique que cette pratique serait contraire à la Constitution des États-Unis, et par conséquent, pourrait violer les constituions étatiques et fédérales.

 

Cependant, les législateurs qui ont parrainé la mesure sont en désaccord avec cette décision. Ils ont donc décidé de mettre en place un vote qui annulerait l’initiative de Bill Haslam  et surtout, de faire pression pour un remplacement de veto. Car dans le Tennessee, une majorité simple dans chaque chambre législative peut renverser un veto. 

 

L’année dernière déjà, la Chambre des Représentants avait adopté ce projet de loi, mais le Sénat du Tennessee l’avait rejeté. Plusieurs sénateurs ont donc à nouveau poussé le projet de loi cette année, afin qu’il soit cette fois-ci validé.

 

Les partisans de ce projet de loi ont tenté de prouver que cette mesure mettrait en évidence l'impact économique et historique que la Bible a eu sur l’État du Tennessee par le passé. Pour eux, la Bible serait une « industrie de plusieurs millions de dollars » bénéfique à l'État. 

 

Pourtant, Bill Haslam estime « [qu’] en plus des questions constitutionnelles liées à ce projet de loi, cette mesure banaliserait la Bible, qui, je crois, est un texte sacré » écrivait-il dans sa lettre adressée à la présidente de la Chambre des Représentants, Beth Harwell.

 

Un projet de loi qui n'est pas au goût de tous

 

Et de poursuivre : « Je suis en profond désaccord avec ceux qui essaient d’amener la religion sur la place publique. Chacun d'entre nous peut et doit apporter ses convictions les plus profondes aux endroits où ils y sont appelés […] Cependant, cela est très différent lorsque le gouvernement décide d'inclure la religion dans les lois, chose qui va à l'encontre des idéologies des fondateurs, et qui est interdite dans la Constitution. » 

 

Le directeur exécutif de l’Union américaine pour les libertés civiles du Tennessee, Hedy Weinberg, a salué la décision du gouverneur, en déclarant que les élus ne devraient pas « utiliser leurs positions officielles pour privilégier une croyance religieuse par rapport à une autre. Le veto apposé par le gouverneur concernant cette loi inconstitutionnelle marque le fait que la liberté religieuse ne peut prospérer dans le Tennessee ».

 

Cependant, comme l’annonce David Fowler — un ancien sénateur de l’État et président du Conseil d’action familiale du Tennessee — dans une interview accordée à The Tennessean, « le gouverneur a rendu sa décision. Maintenant la balle est de retour dans le camp de l’Assemblée législative, et comme auparavant, nous nous en remettons à leur jugement dans cette affaire ». 

 

La Bible se classe à la 6e place des ouvrages les plus contestés/censurés en 2015, d'après un sondage réalisé par L'American Library Society. La raison : les sondés considèrent que sa présence dans les lieux publics — bibliothèques ou établissements scolaires — n'est pas légitime, « le point de vue religieux » devant demeurer dans la sphère privée. 

Selon le directeur du Bureau pour la Liberté intellectuelle de l’ALA, James La Rue, ce sont, en général, « des personnes qui pensent que si une bibliothèque scolaire se procure un exemplaire de la Bible, c’est une violation de la séparation de l’Église et de l’État » qui estiment que la Bible n'a rien à faire dans des lieux publics. 

 

Si le gouverneur avait accepté ce projet de loi, l’État du Tennessee serait devenu le premier état américain à désigner la Bible comme étant son livre d’État officiel. Rappelons qu'en avril 2014, l'État de Louisiane avait également refusé d'adopter la Bible comme livre d'État officiel. 

 

(via Adweek, The Washington Post, The Tennessean)

 

Ci-dessous, la lettre de Bill Haslam, adressée à Beth Harwell : 

  Lettre de veto de Bill Haslam