Le Haut Comité aux Commémorations nationales ne fera plus de livres ni de bruit

Nicolas Gary - 22.03.2018

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Charles Maurras commémoration - livre commémorations nationales - polémique Françoise Nyssen


Fin janvier, la France était écartelée : célébrer, ou ne pas célébrer « au nom de la Nation » Charles Maurras ? Le Livre des commémorations nationales faisant en effet figurer le bonhomme dans sa liste. Outre ses qualités littéraires, Maurras faisait également preuve d’un antisémitisme virulent. La polémique avait grondé...



Charles Maurras
 

 

Françoise Nyssen, mise en cause en premier lieu, attendu qu’elle valide la sélection qu’opère le Haut comité des commémorations nationales, vient de prendre des mesures. Il y a bien un problème linguistique, annonce la rue de Valois, à l’origine de la vive levée de boucliers qui a eu lieu. Cette dernière a « mis en lumière l’existence d’une ambiguïté persistante dans le débat public entre “célébration”, “commémoration”, et “devoir de mémoire” », indique le ministère.

 

Ce serait donc l’origine de l’effet Maurras de ce début d’année, ou encore du cas Louis-Ferdinand Céline en 2011, où Frédéric Mitterrand avait essuyé des foudres moindres tout de même. « Doit-on, peut-on célébrer Céline ? Les objections sont trop évidentes. Il a été l’homme d’un antisémitisme virulent (...) Mais il est aussi l’auteur d’une œuvre romanesque dont il est devenu commun de dire qu’avec celle de Proust elle domine le roman français de la première moitié du 20e siècle », assurait alors Henri Godard, professeur émérite de la Sorbonne.

 

Du côté de la rue de Valois, on a cependant décidé de clarifier le statut, le fonctionnement, mais également les publications du Haut Comité. Et pour commencer, c’est la fin de la publication qui se faisait sous l’égide du ministère. « En effet, le statu quo n’était acceptable ni pour le ministère de la Culture, dont la mission est de rassembler les Français, ni pour les membres du comité, historiens ou experts reconnus. »
 

La Nation ne célébrera pas Charles Maurras et son antisémitisme d'Etat

 

Une réflexion, encore une, est en cours, confiée à Danièle Sallenave, actuellement présidente du Haut Comité. 

 

Jean-Noël Jeanneney, historien et membre du Haut Comité, avait pourtant tenté une autre approche, non pour défendre les idées de Maurras, mais bien sa présence dans le fameux livre. « Il est utile et précieux de rappeler à la collectivité nationale ce qu’a été un personnage comme Charles Maurras », porteur de « vérités fétides », affirmait-il. 

 

Et de poursuivre : « Est-ce qu’il faut plaquer nos points de vue d’aujourd’hui sur le passé ? Ou le public est assez grand pour considérer qu’il existe à un moment donné une sensibilité que nous pouvons ne pas rejoindre ? »
 

Le Haut Comité démissionne
 

Mais Françoise Nyssen ne s’attendait certainement pas à une évolution aussi radicale. Alors que la rue de Valois diffusait son communiqué, une lettre adressée à la ministre était, simultanément ou presque, diffusée dans les médias. 

 

Dix des douze membres que compte le Haut Comité démissionnaient, en invoquant et dénonçant la censure qui avait frappé le cas Maurras. « La décision que vous avez prise de retirer le nom de Charles Maurras de la longue liste de faits mémorables établie par notre Haut-Comité au titre de l’année 2018 – après l’avoir d’abord ratifiée par une préface élogieuse – et d’interrompre la diffusion du Livre des commémorations nationales nous rend impossible, à notre plus vif regret, de continuer de siéger dans cette instance », écrivent les démissionnaires.

 

La menace de la censure, ou pire, de l’autocensure, ne saurait être tolérée, et les membres préfèrent en effet partir plutôt que de subir le joug de Valois. Et ce, en effet, alors que la ministre est bel et bien responsable de la publication, et donc de la polémique qui l’a accompagnée. Un porte-parole du ministère assure par ailleurs qu’il n’y a « aucune ambiguïté dans sa position [de Françoise Nyssen, NdR] et rappelle son rejet total des thèses et de l’engagement de Maurras ». 
 

Il n’était pas question de prêter à la ministre des accointances avec les idées de Maurras, mais plutôt de questionner ce revirement. « Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage », explique un observateur amusé : « La ministre se retrouve à faire disparaître un livre, pour éviter toute polémique future, échaudée par la dernière en date. C’est étonnant pour une ancienne éditrice. »

 

Surtout, cela en dit long sur l’ambiance, et la politique d’aseptisation en cours...

 


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