Le journal d'Anne Frank, une fois encore accusé de pornographie

Nicolas Gary - 09.05.2013

Patrimoine et éducation - A l'international - Journal d'Anne Frank - pornographie - anatomie


Une nouvelle fois, le Journal d'Anne Frank est mis en cause par des écoles américaines, qui souhaitent censurer l'ouvrage. Les militants se mobilisent pour assurer que l'oeuvre soit protégée, mais les défenseurs de la liberté d'expression ont fort à faire : le Journal contiendrait des contenus pornographiques. Scandale. Et débilité profonde.

 

 

Anne Frank

Statue d'Anne Frank

Radio Nederland Wereldomroep, (CC BY-ND 2.0)

 

 

Dans le quartier de Northville, la mère d'un élève a alerté tout le voisinage : ce livre s'est vendu à des millions d'exemplaires à travers le monde, et sa version ‘définitive', qui contient près de 30 % de texte en plus, par rapport à celle que son père, Otto, avait diffusée en 1947, révélerait des passages pornographiques. 

 

Il faut comprendre par là que la jeune fille parle de son anatomie. Et ce sont justement tous ces passages que le père avait supprimés de la première version du livre. La jeune fille y détaille son corps, son évolution, la découverte de son sexe, mais également de son éveil à la sexualité. Elle avait onze ou douze ans, écrit-elle, et découvre l'existence de son clitoris, dont elle pensait que sortait l'urine. Et puis, c'est la puberté, les poils, ses lèvres... et ainsi de suite.

 

Voilà donc les passages incriminés par Gail Horalek, pour qui l'évocation de ces parties du corps de la jeune fille est intolérable. Dans la presse locale, elle se répand et explique que ces extraits, ainsi que d'autres, ont heurté sa fille, et l'ont mise mal à l'aise. Que l'école dans laquelle sa progéniture se trouve doit être alertée, que ces passages sont de nature à déranger, de par leur côté pornographique... « Cela ne signifie pas que mon enfant est surprotégée, pas plus que je ne vis dans une bulle ni que je suis en train de faire interdire le livre », se défend pourtant la mère. 

 

Ce qui la dérange tout particulièrement, c'est la description très visuelle de ce corps de jeune fille, et pour de jeunes élèves, c'est tout à fait inapproprié. Les enseignants doivent en prendre conscience et s'assurer que leurs élèves ne tombent pas dessus. 

 

Ne pas toucher à ce livre

 

C'est ici qu'intervient le Kids' Right to Read Project, organisation de défense de la liberté d'expression, pour qui la censure, ou même la tentative de censure du livre d'Anne Frank serait catastrophique. Surtout que l'on n'assiste pas à une première : ces passages ont déjà été incriminés par le passé, toujours avec l'accusation de pornographie. En 2010, une école de Virginie avait tenté de censurer le livre, considérant qu'il était tout à la fois déprimant et pornographique. 

 

Finalement, l'affaire avait été classée sans suite... Mais le KRRP tire la sonnette d'alarme, et avec lui, différentes organisations, dont le PEN America : le journal est « à la fois pertinent pour les étudiants d'aujourd'hui et pédagogiquement correct ». À ce titre, « retirer le livre viole potentiellement les droits constitutionnels des autres élèves et des parents ». 

 

Les séquences se rapportent à une expérience digne d'intérêt, et à laquelle les élèves seront sensibilisés, justement parce que la période de la puberté est toujours un passage compliqué dans le développement personnel. « Anne n'avait pas de livre ni d'amis pour répondre à ses questions, elle a été obligée de compter sur ses propres observations », ont écrit les différentes organisations dans un communiqué commun.

 

Et Aracia O'Connor, coordinateur du KRRP ajoute : « Le Journal d'Anne Frank est très précieux parce qu'il permet à des étudiants, dans un monde qui est tous les jours différents et pourtant très familiers. Anne avait peur, dans sa vie de tous les jours. Elle vivait dans la clandestinité, mais en même temps, découvrait les modifications des visages d'adolescents et ses descriptions de ces changements sont authentiques et importantes. »

 

Outre ces éléments, Anne faisait également état de sa relation avec Peter, un jeune garçon à qui elle va expliquer le corps d'une femme. Elle finira par embrasser ce garçon, qui n'arrêtait pas de la regarder, mais qu'elle trouvait un peu niais.