Le manuel scolaire numérique victime de la crise économique

Clément Solym - 27.12.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - manuels scolaires numériques - éducation - pédagogique


Dans les salles de classe, le constat est simple : aucun équipement, pas d'infrastructures, et des éditeurs qui redoutent de voir leurs ventes chuter plus encore. Le manuel scolaire numérique, vieux débat pédagogique, partout autour de la planète, est ici freiné clairement par le contexte économique, et la crainte d'investissements malheureux...

 

 

un pupitre

Leigh Murrell, (CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Personne n'ose en effet se lancer, et Stephen Lawrence, directeur de Edebé Digital, le confirme : tout le monde voit les changements se produire, mais le processus est encore lointain. Et si cette phase de transformation est visible pour tous, les modifications du modèle économique, dans un contexte financier fragile, incitent plus à la prudence qu'à l'innovation. 

 

À ce jour, le catalogue numérique compterait entre 100 et 2700 textes, avec des investissements qui ont malgré tout dû être opérés, pour répondre aux besoins immédiats, explique le président de l'Association nationale des éditeurs de livres et de matériel pédagogique, (Asociación Nacional de Editores de Libros y material de Enseñanza, ou ANELE), José Moyano. 

 

Les premiers efforts devaient porter sur une mise aux normes des textes, pour qu'ils soient utilisables sur un maximum de supports. Mais la demande reste de toute manière infime, comme on le constate en Espagne, avec 8 millions d'élèves, et seulement 100.000 en Catalogne, qui ont recours au numérique dans l'école secondaire. En outre, le marché ne représente pour le moment que 1 % du chiffre d'affaires...

 

Reste qu'en Espagne, on sait que tant que les infrastructures scolaires adéquates ne seront pas disponibles, pour les professeurs et les élèves, le secteur ne se développera pas. Tout cela passe par des machines, ordinateurs ou tablettes, mais également connexions ADSL rapides, permettant une mise en réseau fiable et efficace. 

 

Et cela, sans parler même de la formation des enseignants qui sont encore loin de maîtriser les outils et manquent de formation pour ce faire. Une attitude que des éditeurs pourraient prendre pour de la défiance, de la part du corps enseignant. Les contenus numériques favorisent évidemment l'implication et l'immersion de l'élève, ainsi que l'interactivité dans les salles et le travail collaboratif : pour en tirer pleinement parti, il est essentiel que le professeur soit à même de dominer ces nouveaux outils. 

 

Et en bout de chaîne, les élèves, qui, eux, trouvent les ouvrages numériques encore trop 1.0... S'il est possible de constituer son propre ouvrage, avec des références supplémentaires, des données qui personnalisent le contenu, ils préfèrent malgré tout le papier, plus efficace, en somme, pour étudier. Et les QR Codes, permettant de télécharger depuis son smartphone vidéos et autres éléments pédagogiques, n'y changent rien...

 

Reste un ultime point, donc, la crise financière : quand il faut investir pour développer des formats et des contenus qui passeraient pour obsolètes dans quelques années, du fait de l'évolution des machines de lecture, on sent que personne n'est disposé à jeter de la sorte l'argent par les fenêtres. (via Technology Review)

 

Un manuel scolaire numérique, qui n'aurait plus d'intérêt sous 12 mois, non pas du fait de son contenu, mais de par un manque d'outils techniques pour le lire... voilà un frein réel. Et un défi qui dépasse largement le secteur pédagogique...