Le monologue du vagin : un poème érotique datant du XIIIe siècle

Heulard Mégane - 02.08.2019

Patrimoine et éducation - Patrimoine - poème médiéval - poème érotique - Der Rosendorn


Bien loin de l’amour courtois, le fragment de poème allemand retrouvé par Christine Glassner dans la bibliothèque de l’abbaye de Melk en Autriche, suit les aventures d’une jeune vierge. Elle se dispute avec son vagin pour déterminer qui est le plus désirable pour les hommes. Il a été identifié comme datant du XIIIe siècle et faisant partie du « Der Rosendorn »

Codex Manesse via OeAW


Christine Glassner, de l’Institut de recherches médiévales de l’Académie autrichienne des sciences (OeAW), a découvert le fragment en feuilletant des manuscrits à la bibliothèque de l’abbaye de Melk en Autriche. Celui-ci, assez difficile à déchiffrer, est une bande de 22 cm sur 1,5 cm avec seulement quelques lettres de 60 versets du poème.

Nathanael Busch de l’Université Siegen en Allemagne avec l’aide de médiévistes, est parvenue à identifier le poème comme étant le Der Rosendorn, et qui peut être daté aux environs du XIIIe siècle. Jusqu’à la découverte du parchemin, on pensait que ce poème avait été composé seulement à la fin du Moyen-Âge.

En effet les deux seuls exemplaires de Der Rosendorn connus auparavant, sont le Codex de Dresde et le Codex de Karlsruhe, qui sont datés du XVe siècle. 

Cette découverte s’inscrit dans le cadre du projet allemand « Manuscript Census » de l’Académie des sciences et de la littérature de Mayence, basée dans l’Université Philipps à Marbourg, qui vise à préserver le patrimoine culturel.
 

Un XIIIe siècle courtois ou érotique ? 


Der Rosendorn est considéré comme l’un des premiers poèmes érotiques du Moyen-Âge. La récente découverte du fragment écrit 200 ans plutôt que les deux autres versions remet en cause la question du tabou sexuel au Moyen-Age central (du XIe au XIIIe siècle).

En effet, des écritures aussi permissives étaient plutôt attribuées au XVe siècle. Il offre également aux médiévistes de nouvelles informations sur les normes sociales et culturelles relatives au sexe à cette époque. 

À l’image de Chrétien de Troyes, les productions artistiques du XIIIe sont généralement empreintes d’amour courtois. Il était donc plutôt rare de trouver des textes comme Der Rosendorn à cette époque, rare, mais pas inconnue, en particulier dans la littérature allemande. 
 
Les auteurs de poèmes comme celui-ci étaient souvent des auteurs satiriques qui n’hésitaient pas à utiliser un langage grossier et à se montrer intentionnellement provocateurs. 

Selon le communiqué de presse de l'OeAW, rien n’indique que le document ait été délibérément détruit en raison du contenu érotique.
 

Le monologue du vagin 


L’auteur du poème est inconnu, on ne sait pas non plus s’il a été écrit par un homme ou une femme. Mais Glassner, experte en manuscrits médiévaux, raconte que l’histoire que le texte raconte est « incroyablement intelligente. Elle montre qu’une personne ne peut pas être séparée de son sexe ».

Dans le poème Der Rosendorn, une vierge (junkfrouwe) se dispute avec sa vulve (fud), qui est anthropomorphisée, pour savoir si les hommes les aiment pour leur beauté ou leur sexualité. La femme est convaincue d’être aimée pour son apparence, son vagin la contredit, affirmant que c’est l’organe sexuel qui est le plus désiré, car il procure le "vrai plaisir" aux hommes.

Ils décident de se séparer et de prouver une fois pour toutes lequel d’entre eux a raison. La vulve se sépare en ingérant une racine, mais se retrouvent finalement profondément malheureuses. La vierge et le vagin décident donc de ne redevenir qu’un, suggérant ainsi que la femme et son organe sexuel ne peuvent être heureux qu’en étant réunis. 
 



Commentaires
Bonjour,

Je reste un peu surpris de lire qu'on n'écrit pas de textes parlant de sexe entre XIème et XIIIème siècle. Mais peut que je n'ai pas compris le sens exact et que nous ne parlons pas la même chose. Car on en écrit, bien entendu, ne serait-ce que les fabliaux érotiques ou encore le célèbre Roman de Renart dans lequel on en parle tout de même beaucoup. Certes, pas sous forme poétique.... mais où la limite se situe-t-elle donc ?
Ce texte m'intéresse au plus haut point, je suis curieuse de lire ça. Je savais déjà que l'amour courtois était loin d'être platonique puisque je viens de publier le discours amoureux et érotique d'un troubadour catalan du XII siècle, ça apporte de l"eau à mon moulin.
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