Le Moyen-Âge recyclait ses livres en vêtements

Louis Mallié - 21.07.2014

Patrimoine et éducation - A l'international - Moyen-Âge - manuscrit - Université


Le Moyen-Age est toujours surprenant. Si l'on serait surpris d'apprendre que contrairement aux idées reçues les jeux floraux s'ouvraient également aux femmes, que l'hygiène occupait une grande part dans les canons de beauté de l'époque,  on le serait encore plus de savoir que certains vêtements étaient à base… de manuscrits recyclés. 

 

La fameuse doublure d'une robe datée du XV ème siècle...

 

The Conveyor rapporte que le 4 juin dernier, à l'occasion d'une conférence, la chercheuse allemande Henrike Lähnemann de la chaire d'étude germanique à l'Université de Newcastle, faisait examiner par son audience divers parchemins. Cette dernière faisait remarquer à chacun combien l'épaisseur et la texture de la matière était idéale pour la « doublure d'une robe. »

 

C'est que son exposé présentait un sujet original, dont le titre suffira à donner une idée : « Texts and Textiles : Manuscript Fragments in Medieval Dresses ». La conférence présentait  ainsi ses recherches commencées en 2011, après que des conservateurs aient découvert un fragment de manuscrit médiéval dans la doublure d'un vêtement à l'abbaye Cistercienne de Wienhausen, en Allemagne du Nord. 

 

La conférence expliquait  ainsi « quand, où et comment » avaient été fabriqués les vêtements concernés - en l'occurrence, une robe confectionnée par des nonnes au XVe siècle, et qui servait à couvrir une statue. Ce faisant, on apprenait que les robes étaient fabriquées à partir de pièces de différentes matières, incluant lin, velours, et soie, pour les plus luxueuses, ainsi que de fourrures de lapin et d'assemblages proches des tissus du lampas.

 

C'était alors pour achever de rigidifier les robes que les nonnes se servaient de pages de manuscrits…  Précisons que les pages utilisées n'étaient pas arrachées au hasard : elles étaient tirées d'ouvrages destinés à être recyclés - un procédé qui, bien qu'il ait de quoi faire pâlir bien des bibliophiles, était courant au XVe siècle.

 

 

La galante reliure de mitre d'évêque

 

 

En effet, Erik Kwakkel, professeur en histoire des livres médiévaux à l'université de Leiden, explique que les ouvrages faits mains depuis des siècles s'étaient rapidement démodés dans les premiers âges de l'imprimerie. Et c'est donc la raison pour laquelle on retrouve dès cette époque des extraits de manuscrits, employés pour fabriquer aussi bien des reliures de livres que des vêtements. 

 

Le professeur ne manque pas de relever un cas improbable en guise d'exemple... Celui d'une mitre d'évêque dont la reliure est constituée - ironie du sort-  de pages contenant une traduction norvégienne du XIIIe siècle… de poèmes amoureux français.

 

Via Open Culture