Le Nobel de Camus : "Chaque génération se croit vouée à refaire le monde"

Nicolas Gary - 12.11.2013

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Albert Camus - Prix Nobel de Littérature - maison de Lourmarin


Le 10 décembre 1957, Albert Camus rendait visite à l'Académie Nobel, à Stockholm, pour recevoir son prix. Une récompense qui « dépassait mes mérites personnels », explique l'écrivain, et qui fait preuve d'une modestie dont on ne peut pas soupçonner qu'elle soit feinte.

« Comment un homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d'une œuvre encore en chantier, habitué à vivre dans la solitude du travail ou dans les retraites de l'amitié, n'aurait-il pas appris avec une sorte de panique un arrêt qui le portait d'un coup, seul et réduit à lui-même, au centre d'une lumière crue ? »

La voix ne tremble pas, et si Camus évoque le désarroi, ou un trouble intérieur, ce n'est que pour évoquer remercier au mieux une Académie salutaire. Rappelons que c'est avec l'argent de ce prix Nobel que Camus achètera la maison familiale de Lourmarin, une ancienne magnanerie qui lui rappellera son Algérie natale.

C'est depuis ces lieux qu'aujourd'hui, sa fille Catherine gère l'oeuvre et l'héritage de son père, depuis trente ans maintenant. Le chèque suédois, Camus sait-il déjà comment il le dépensera quand il prononce ces mots ? 

Et je suis même d'avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l'erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l'époque. Mais il reste que la plupart d'entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d'une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l'instinct de mort à l'œuvre dans notre histoire.


À réécouter, juste pour le plaisir. Et relire sur le site du Nobel.