Le patrimoine des bibliothèques n’est plus qu’à un clic

Auteur invité - 29.07.2019

Patrimoine et éducation - Patrimoine - bibliothèque numérisation - patrimoine bibliothèque public - Compiègne Beauvais


Compiègne et Beauvais viennent d’inaugurer le nouveau portail de leurs bibliothèques qui donne accès notamment à de nombreuses ressources patrimoniales. L’occasion de présenter la démarche et l’état des deux projets. 


Hôtel de ville de Compiègne. Document iconographique. Estampe. Tavernier del. ; Dirigé par Née


Ne faites pas une confiance aveugle à votre moteur de recherche préféré ! Par exemple, si vous entrez « Carlopolis », ne succombez pas à la tentation brésilienne ou à la séduction calabraise qui apparaissent comme premières occurrences. Allez un peu plus loin et cette fois c’est à Compiègne que vous pourrez faire une entrée impériale. C’est que Carlopolis est en effet le nom de baptême choisi par la bibliothèque pour son site numérique en ligne.

Un petit pied de nez à l’histoire puisque c’est justement le nom mythique de la ville que voulut fonder ici le petit-fils de Charlemagne, Charles le Chauve, en 875, alors qu’il ne disposait plus de la capitale impériale d’Aix-la-Chapelle depuis 843. À cette occasion, le roi fit une donation de livres à l’abbaye Saint Corneille, sur le site de laquelle se trouve aujourd’hui justement la bibliothèque. Les arcades stylisées de l’abbaye illustrent d’ailleurs la page d’accueil du site.
 

Les ressources culturelles à disposition


La bibliothèque numérique de Compiègne fut l’une des trois premières bibliothèques numériques de France labellisées par le ministère de la Culture dès 2011. Une bibliothèque numérique de référence se doit de proposer aux usagers des collections et des services numériques de premier plan, s’efforcer d’atteindre de nouveaux publics (jeunes, personnes âgées, personnes en situation de handicap, publics éloignés) et jouer, sur tous les registres de son action, un rôle d’exemplarité.

Une ambition qu’Antoine Torrens, le directeur des bibliothèques de Compiègne, résume : « Nous ne sommes pas une entreprise de divertissement, mais un service culturel de proximité ouvert à toutes les pratiques culturelles et toujours soucieux d’élargir nos publics. Avec un leitmotiv : Qu’est-ce que nous pouvons leur apporter ? » 

Le nouveau portail inauguré cette année traduit parfaitement cette ambition. Clair, aéré, ergonomique et aux couleurs enjouées, il invite à la découverte. L’un des onglets ouvre la porte du patrimoine. Et nous voilà sur Carlopolis, la bibliothèque numérique patrimoniale de Compiègne. Un site dissocié du portail. Dès la page d’accueil, en plus de l’accès aux fonds numérisés et à la présentation des collections, l’internaute est sollicité. « Participez », lui propose-t-on, notamment par des dons, du mécénat, mais aussi en aidant à l’identification d’images.

« Mettre en lien, intéresser le public au-delà du cercle des érudits ou des historiens », c’est pour le directeur un objectif capital. Ainsi, raconte-t-il volontiers ce contact avec l’hyper Carrefour qui avait vu, sur le site, des documents relatifs à la Grande Guerre et qui souhaitait présenter dans son magasin une exposition à l’occasion du Centenaire de l’Armistice — signé dans la clairière de Rethondes, dénommée ainsi en raison de sa proximité avec la gare du même nom. Mais la clairière, comme la gare, se trouve en fait située à Compiègne.

En trois jours, la bibliothèque, avec la société historique et les archives municipales, la mettait en place. Antoine Torrens évoque également le lien essentiel avec les communautés sur Facebook, par exemple, que développera d’ailleurs encore un stagiaire l’an prochain. 
 

Numériser le patrimoine, préserver l'histoire


Cette orientation se retrouve dans les choix effectués en matière de numérisation et de mise en ligne. Priorité aux collections locales, notamment les photographies, cartes postales, plans, estampes et affiches, et volonté de développer les liens avec les deux sociétés historiques : la société historique de Compiègne (qui dispose également d’une bibliothèque numérique intitulée Compendium) et la société d’histoire moderne et contemporaine. Les choix de numérisation tentent également d’éviter les doublons : inutiles, par exemple, de numériser ce qui est déjà sur Gallica.

On s’efforce donc ici aussi de relier les deux. Techniquement, un entrepôt OAI est en cours de développement. Il permettra le moissonnage du site par Gallica, ainsi que l’inverse... Une intention qu’on retrouve avec la bibliothèque numérique de l’AR2L Hauts-de-France, l’Armarium, à laquelle Compiègne participe depuis l’origine et qui abrite quelques-uns de ses documents. 

La médiathèque de l’autre grande agglomération de l’Oise, Beauvais, qui est également l’un des partenaires historiques de l’Armarium, vient, elle aussi, coïncidence, de mettre en ligne son nouveau portail. On retrouve ici encore un onglet « Patrimoine ». Cette fois pourtant, à la différence de Compiègne, on a fait le choix de conserver les documents numérisés dans le portail lui-même. C’est ainsi que l’entrée « fonds régional » permet à la fois d’interroger le catalogue et de consulter le document numérisé lorsqu’il existe.


Le Livre d’heures. Manuscrit du XVe siècle. Un des deux manuscrits les plus ancien des médiathèques du Beauvaisis et le plus décoré

 

Des portails accessibles et fournis


Les autres entrées permettent successivement l’accès aux collections de cartes postales, de manuscrits, d’incunables, aux documents iconographiques et au fonds patrimonial. Les campagnes de numérisation ont commencé ici plus tardivement qu’à Compiègne et sont amenées à se poursuivre de manière à densifier les collections présentées qui, pour l’heure, demeurent encore modestes, même si depuis deux ans, la bibliothèque de Beauvais participe à un plan de numérisation concertée régional coordonné par l’AR2L Hauts-de-France et a déjà numérisé 180 documents…

On peut cependant déjà découvrir les pièces maîtresses : le Livre d’heures de Beauvais ou l’Épître d’Othéa de Christine de Pizan par exemple, ainsi qu’un document exceptionnel : Les Bucquetaux-Cousteaux, du nom de l’un des trois auteurs et de son gendre. L’ensemble regroupe la copie de multiples documents d’archives relatifs à la ville réunis à la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Ces 95 volumes représentant 65.000 pages ont été numérisés dès 2004 et se trouvent en fait encore sur le site originel que le portail permet de rejoindre. 

Christine Delory, la responsable de la gestion des ressources documentaires, considère que la partie patrimoniale du nouveau portail n’est qu’une étape dans un processus entamé il y a peu et qui a permis de jeter les bases d’une politique dans ce domaine. 

Un état des lieux a été mené, le dépoussiérage du fonds effectué, le reclassement est en cours ainsi que la désinfection de certains documents. La bibliothèque numérique apparaît donc ici comme une esquisse d’un projet encore à construire et comme une vitrine en devenir des progrès effectués. 

Compiègne, Beauvais, les deux réalisations montrent à la fois le formidable intérêt du numérique pour la connaissance et la valorisation du patrimoine écrit et graphique, mais aussi l’importance de l’investissement nécessaire et continu des équipes dans un processus au long terme et sans doute jamais achevé.

Dans sa préface au volume du Patrimoine des bibliothèques de France consacré au Nord – Pas de Calais et à la Picardie en 1995, Jacques Darras craignait le pire, la cassure irrémédiable « dont l’informatique internationale est en train de dessiner la faille. Celle qui dépêchera aux oubliettes définitives de la mémoire des pans entiers de textes que la poussière des rayons jusqu’ici conservait ». Quel chemin parcouru ! 
 
Pascal Allard
   


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