Le Pérou déçu du programme OLPC d'équipement en ordinateurs

Clément Solym - 04.07.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - Pérou - un ordinateur par enfant - équipement informatique pédagogique


En 2007, le Pérou faisait figure de bon élève en investissant 200 millions $ dans un programme pédagogique sans précédent : permettre aux écoliers péruviensd'accèder à un ordinateur, à des fins éducatives. Cinq années plus tard, les faits sont là : le niveau des élèves n'a pas été influencé par la mesure, dont les effets ont été considérablement amoindris par un manque de soutien technique et logistique auprès des enseignants.

 

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Des enfants péruviens face à l'ordinateur XO (auteur : kentquirk)

 

Avec ce programme de mise à disposition, le Pérou obtenait le titre du pays le plus ambitieux en matière d'accès aux ressources technologiques : 800.000 ordinateurs low-cost XO, à 200$ l'unité, auront été distribués en cinq ans. Mais même les autorités ne peuvent que constater les résultats médiocres de l'initiative : « Typiquement, ce que nous avons fait, c'est distribuer des ordinateurs sans préparer les enseignants », admet Sandro Marcone, le responsable du programme One Laptop Per Child (OLPC).

 

Malgré les ordinateurs chargés en livres, et autres programmes éducatifs ou créatifs, le niveau des élèves péruviens n'a pas évolué en matière de calcul mental ou d'expression. Les seuls points positifs de l'accès aux ordinateurs portent sur le traitement de l'information, plus rapide, et le raisonnement abstrait.

 

Mais les soucis technologiques et logistiques ont eu raison de l'utilisation des ordinateurs low-cost : Oscar Becerra, ministre de l'Éducation, pointe le grand point faible du programme : « Nous savions depuis le début qu'il serait impossible de mettre les enseignants au niveau », explique-t-il alors que le système éducatif du Pérou est l'un des plus chaotiques de la planète. Les établissements scolaires ont bien reçu les ordinateurs, mais les enseignants manquaient cruellement de formations adéquates, et donc de pistes quant à une utilisation pédagogique appropriée des machines.

 

Ajoutez à cela 1 % seulement des écoles connectées à Internet, quand elles disposaient de l'électricité pour faire tourner les ordinateurs... Les élèves des classes supérieures, quand ils avaient accès à Internet, utilisaient uniquement l'outil pour s'inscrire à Facebook ou jouer en ligne. Par ailleurs, les ordinateurs étaient rarement utilisés par les élèves à la maison, ou pour rédiger leurs devoirs, les foyers étant rarement mieux équipés que les écoles.

 

Sandro Marcone a souligné que le gouvernement continuerait à soutenir le programme, en remplaçant les machines défectueuses, mais aussi en distribuant encore 41.000 ordinateurs, détruits dans l'incendie d'un entrepôt il y quelques mois. Mais « le ministre ne fera pas un autre projet d'une telle ampleur. Il ne va pas se lancer dans des achats à plusieurs millions $ et distribuer les ordinateurs comme des bonbons. »

 

De la carie à la carence de moyens, il n'y a qu'un pas...