Le phare d'enfance de Virginia Woolf, un paysage menacé

Clément Solym - 09.11.2015

Patrimoine et éducation - A l'international - Virginia Woolf - phare roman - Angleterre promoteurs


La promenade au phare parut en 1929 aux éditions Stock, traduit de l’anglais To the Lighthouse par Maurice Lanoire. Virginia Woolf avait publié en mai 1927 ce roman qui se déroule entre une île et une autre, entre 1910 et 1920. Quelque part entre Proust et Joyce, Woolf s’amuse avec une histoire de famille, tout en psychologie. Et au milieu, on trouve donc un phare...

 

First and Last

Le phare de Virginia Woolf, sur l'île de Godrevy (Philip Male, CC BY 2.0)

 

 

« À 43 ans, jusqu'alors hantée par la disparition prématurée de sa mère et par le despotisme intellectuel et affectif de son père, Virginia Woolf se décide enfin à les placer au centre de son écriture. Avec passion et, pour la première fois, avec une immense facilité, elle se jette dans ce poème psychologique, chaque page la délivrant peu à peu et définitivement de ses souvenirs. Au rythme de trois parties inégales, trois vagues d'une mer intranquille, elle ouvre les fenêtres de la demeure de vacances des îles Hébrides aux souvenirs d'abord, puis au temps qui passe, silencieux, qui empoussière et jaunit la maison, et enfin à l'âme intemporelle des siens et de ce passé qui la constitue.

 

À peine pose-t-elle sa plume que Leonard, son mari, crie au chef-d’œuvre. Virginia Woolf elle-même considère cet ouvrage comme le meilleur de ses livres. Elle y perçoit à la perfection les “flux de la conscience”, illuminés par ces miracles quotidiens qui donnent sens à la vie comme autant d'“allumettes inopinément frottées dans le noir”... Ou comme les feux alternatifs d'un phare », raconte l'éditeur français, LGF.

 

Se fader le phare ? Les promoteurs grognent

 

St Ives est une ville de Cornouailles, où Virginia Woolf passait ses vacances quand elle était enfant. Placé à la pointe ouest de la Grande-Bretagne, l’endroit lui a servi d’inspiration pour le roman en question : le phare qui l’a inspirée est celui positionné sur l’île de Godrevy. 

 

Ancien port de pêche, la ville de St Ives est devenue progressivement une station balnéaire, où les artistes se sont réfugiés. On y compterait moins de 10.000 habitants. Sauf que l’invasion touristique débute. Et que les sociétés de construction se mettent à dénaturer la cote, le paysage, et multiplient les appartements...

 

Promoteur immobilier, cela n’a rien à voir avec romancier. Or, les fans du travail de Virginia Woolf sont manifestement plus nombreux à souhaiter préserver le cadre assez enchanteur qui a servi d’inspiration à l’auteure. Selon eux, toute construction relèverait « d’un véritable acte de vandalisme ». 

 

L’universitaire Maggie Humm, d’East London, compte parmi les plus engagées dans ce combat : les curieux et autres esthètes viennent de loin pour découvrir ce paysage, décrit dans le livre de Woolf. Laisser les promoteurs s’en charger et le couvrir de bâtiments serait un scandale. 

 

C’est qu’annuellement, des légions, des hordes, d’admirateurs font un véritable pèlerinage pour se rendre jusqu’à l’endroit, et se remémorer, intérieurement, les tableaux de To the Lighthouse. L’arrière-petite-nièce de la romancière confirme que « la vue doit rester dégagée pour les générations à venir ».

 

Pourtant, le conseiller local, Tim Andrewes ne semble pas vraiment s’émouvoir de la mobilisation engagée. En mai dernier, le conseil du comté de Cornwall a approuvé un plan de construction, à condition que les promoteurs versent 136.000 £. Et le conseil de la ville l’avait déjà approuvé. 

 

(via The Independent)

 

NdR : Promenade au phare est aujourd'hui traduit par Voyage au phare.


Pour approfondir

Editeur : LGF
Genre : litterature...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782253031536

Voyage Au Phare

de Virginia Woolf

Fera-t-il beau demain pour la promenade au phare ? Cette question plane sur la famille réunie un soir de mi-septembre dans la grande maison de vacances des îles Hébrides. Tout au long du livre s'insinue la pulsation de la mer. L'eau entrave les pensées. La vie se déverse et la mort surprend. Les années passent. La maison est abandonnée. Demeurent les petits miracles quotidiens, ces « allumettes inopinément frottées dans le noir ». Ce sont eux qui donnent un sens aux choses, un mouvement à la vie.

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