Le plus vieux livre d'images pour enfants est disponible en ligne

Louis Mallié - 22.05.2014

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - Comenius - Livre pour enfant - Latin


Il est considére par l'Encyclopaedia Britannica comme « le premier livre d'image pour enfant ». Orbis Sensualium Pictus, du pédagogue, philosophe et professeur tchèque Jan Amos Komenský est ce qu'on pourrait appeler un ancêtre des manuels scolaires. Intégralement mise en ligne sur le site archive.org, l'édition anglaise de 1705 rend compte au lecteur d'aujourd'hui de la diversité des activités de l'époque, tout autant que d'une pensée de la pédagogie avant-gardiste pour le siècle de son auteur. 

 

 

                 _ Viens apprendre la sagesse mon garçon. 

_ Qu'est ce donc que la sagesse ?

                _ Bien comprendre, bien agir, bien parler. 

 

 

Publié pour la première fois en 1658 en latin et en allemand, le livre contient quelques 150 illustrations numérotées. Ces dernières sont destinées à faire connaitre aux enfants les principaux éléments du monde, et à les initier au latin : chaque mot est proposé dans deux colonnes, en langue vernaculaire et en langue latine. Tout au long de ses 194 pages, il propose donc une illustration d'un thème ou d'une activité acompagnée d'une définition,  ainsi que d'une petite liste de vocabulaire.

 

 

 

Traduit dans toute l'Europe et même dans certains pays d'Orient, le livre avait été un tournant dans la pédagogie éducative, étant un manuel d'instruction non pas consacré aux professeurs, mais directement aux enfants. L'auteur, internationalement connu, n'en était pas à sa première innovation en matière d'éducation : dans un précédent ouvrage intitulé Didactica magna il proposait déjà des idées novatrices pour l'époque, telle que l'égalité dans l'éducation pour garçon et filles, riches et pauvres, urbains et ruraux… Une première pour l'époque.... 

 

Le livre traite donc de 150 sujets, qui offrent aux enfants les fondement de la plus large vision du monde possible : le ciel, le feu, l'air, la terre, les fruits, les arbres, le potager, l'entretien du jardin, la fabrication du vin, le brassage de la bière, l'anatomie, ou la cordonnerie, sont autant de domaines différents détaillés dans le manuel. Pour autant celui-ci ne traite pas uniquement du monde « sensible », ainsi que le suggère son titre. 

 

 

Le "Bookseller" fait partie des nombreuses activités

représentées pour les enfants de l'époque

 

 

En effet, quelques chapitres sont consacrés à la religion ainsi qu'à quelques questions métaphysiques - témoignage intéressant de la façon d'envisager la spiritualité dans la vie quotidienne de l'époque. Le second chapitre propose donc une définition de Dieu, une autre de l'âme suivant au chapitre XLIII. En outre, la définition proposée de l'homme au chapitre XXXVI s'accompagne d'une représentation du péché originel... Sur sa fin, le livre se fait plus pieux : les derniers chapitres tiennent lieu de véritable ancêtre des cours de culture des religions d'aujourd'hui.

 

 

 

 

On y retrouve ainsi présentés le Judaïsme, le Christianisme, et même l'Islam, présenté comme

« Mahométism ». Le livre s'achève ensuite par une représentation de la « Providence divine »  et du Jugement dernier, avant de conclure le dialogue entre le vieillard et l'enfant laissé au début du livre. Point intéressant, la religion semble finalement l'emporter sur la connaissance, moins à même d'apporter la sagesse que le Divin.... Effectivement, fidèle à son époque, le vieil homme délivre ce viatique à l'enfant : « souvient toi de cela : craint Dieu, fait appel à lui, car il pourra peut-être t'accorder l'Esprit de la Sagesse. Adieu »