Le poème Liberté de Paul Éluard chanté par Les Enfoirés

Nicolas Gary - 04.11.2015

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Après les échanges tumultueux qu’avait provoqués la chanson de Jean-Jacques Goldman, « Toute la vie », Les Enfoirés reviennent à des textes plus consensuels. On avait en effet reproché à l’hymne de 2015 une dimension paternaliste vis-à-vis des jeunes. Place alors à Paul Éluard, et son poème Liberté. 

 

Portrait of Paul Eluard

Portrait de Paul Eluard, par Dali

 

 

Le poème publié en 1942 aux Éditions de la main à la plume dans le recueil Poésie et Vérité, avait par la suite été intégré dans Au rendez-vous allemand, par les Éditions de Minuit, en 1945. 

 

Le texte, particulièrement beau – mais qu’est-ce qui ne l’est pas chez Éluard ? – reprend une anaphore sur 20 strophes qui martèle et obsède. 

 

Sur toute chair accordée

Sur le front de mes amis

Sur chaque main qui se tend

 

Et chaque strophe se conclut par 

 

J’écris ton nom

 

Sans que l’on ne sache quel est ce nom en question. C’est dans un mot, un seul, que tient alors toute la conclusion du poème, Liberté, qui achève l’ensemble. Le recueil a d’ailleurs été publié en version numérique en 2012, avec en couverture, le texte manuscrit d’Eluard. 

 

On ignore qui sera chargé de la mise en chanson, mais le poème ne manquera certainement pas de provoquer quelques hésitations. Il fut composé lors de l’occupation par les nazis de la France, au cours de la Seconde Guerre mondiale. Si Liberté est un chant magique, il n’en reste pas moins un texte politique, dont l’histoire est assez lourde.

 

Il faudra encore attendre quelques semaines pour découvrir l’adaptation. 

 

Éluard, né Eugène Grindel le 14 décembre 1895 compta parmi les poètes du surréalisme, avec, notamment, André Breton, Soupault et Aragon. 

 

(via RTL)

 

« Liberté »

 

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

 

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

 

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

 

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

 

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

 

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

 

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

 

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

 

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

 

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

 

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

 

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

 

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

 

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

 

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

 

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

 

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

 

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

 

Sur l’absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

 

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

 

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

 

Liberté.

 

Au rendez-vous allemand, Paris, Éditions de Minuit, 1945. © Éditions de Minuit