Le Réseau Canopé et Amazon : “Nous devons travailler avec tous les industriels”

Antoine Oury - 11.03.2016

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - Amazon Réseau Canopé - Amazon ressources pédagogiques - Amazon Kindle Direct


Le Réseau Canopé est un éditeur de ressources pédagogiques transmédias (imprimées, numériques, mobiles, TV) destinées à la communauté éducative, mais également un organisateur d'ateliers de formation à destination des enseignants, un peu partout en France. Placé sous tutelle du ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, le Réseau en a surpris plus d'un en annonçant un partenariat avec... Amazon.

 

Kindle (Amazon) - Salon du Livre de Paris 2015

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

« Ce n'est pas vraiment un partenariat », note d'emblée Jean-Marc Merriaux, le directeur général du Réseau Canopé. En début de semaine, l'organisme a envoyé un communiqué annonçant la mise en place d'ateliers autour des contenus à usage pédagogique autopubliés par les enseignants, qui s'appuieront sur les outils d'Amazon, plus précisément le système Kindle Direct Publishing.

 

Pour bien comprendre ce rapprochement inattendu entre un établissement sous tutelle et une des sociétés américaines les plus critiquées et, paradoxalement, les plus plébiscitées du moment, il faut revenir aux missions du Réseau Canopé. S'il est sous tutelle, l'opérateur public « n'est pas à 100 % financé par l'État », explique son directeur général, « ce qui oblige à trouver des ressources propres » pour mener à bien sa mission de formation.

 

Le Réseau Canopé a rapidement rencontré des industriels, créateurs de solutions informatiques, qui désiraient développer l'usage pédagogique de leurs outils et se rapprocher du corps enseignant. « Nous passons en revue leur proposition avec des enseignants, par rapport aux ressources du Réseau et à la formation des enseignants. Si la proposition est acceptée, l'industriel nous paye — nous réalisons une marge — et nous proposons de l'ingénierie autour de leurs ressources », explique Jean-Marc Merriaux.

 

Le travail autour de KDP demandé par les enseignants

 

La demande de travailler sur les outils Kindle Direct Publishing émane d'enseignants qui ont sollicité le Réseau Canopé de Lille : « Quand Amazon a vu qu'on avait effectué des expérimentations dans ce cadre, ils ont voulu poursuivre cette collaboration », note le directeur général du Réseau. Du côté des professeurs, l'intérêt pédagogique a été reconnu, et les formations leur permettent d'appréhender la solution KDP pour publier leurs propres contenus pédagogiques.

 

Attention, on est toutefois loin de la révolution dans le domaine pédagogique : Jean-Marc Merriaux nous cite par exemple le cas de Sésamath, au départ simple blog, puis livre et aujourd'hui variété de projets éducatifs. Le tout en totale indépendance. D'ailleurs, le Réseau Canopé n'est pas coéditeur des contenus autopubliés par les enseignants : ils conserveront tous les droits dessus, et la possibilité de les vendre à travers d'autres boutiques en ligne. La seule différence avec KDP, c'est la capacité de diffusion d'Amazon, sans précédent.

 

Les ouvrages autopubliés par les enseignants pourront servir de supports pédagogiques à leurs collègues, et le ministère de l'Éducation nationale n'en contrôle pas le contenu : « Les éditeurs privés ne veulent pas non plus que l'on contrôle leurs publications », précise à ce sujet Jean-Marc Merriaux.

 

La collaboration avec Amazon se limite à cette autopublication de contenus pédagogiques, et n'aboutit pas à l'utilisation de Kindle en classe, par exemple, comme aux États-Unis.

 

Évidemment, voir Amazon, connu pour son optimisation fiscale et régulièrement critiqué pour les conditions de travail au sein de ses entrepôts, se rapprocher du ministère de l'Éducation nationale a de quoi inquiéter. « En tant qu'opérateur public, nous n'avons pas le droit d'exercer de discrimination par rapport aux offres des industriels. Et, juridiquement parlant, nous n'avons aucun élément pour refuser les propositions d'Amazon et accepter celles d'Orange ou d'ITOP éducation », nous explique Jean-Marc Merriaux.