Le Rwanda coupe durement les vivres aux éditeurs de manuels scolaires

Nicolas Gary - 26.07.2018

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Avec 40 millions $ investis dans l’achat de manuels scolaires à destination des étudiants, le gouvernement rwandais envoie un signal fort. Problème, cette manne aura des conséquences directes sur l’une des plus importantes maisons d’Afrique de l’Est, Fountain Publishers.

 

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élèves au Rwanda  - SuSanA Secretariat, CC BY 2.0


 

Ouverte en 1988 par un homme d’affaires, James Rwehabura Tumusiime, la structure publie des cartes, du matériel pédagogique et littéraire, sur le territoire angolais ainsi qu’au Rwanda. L’annonce du gouvernement, décidé à créer sa propre gamme de manuels, se pose comme un sacré paquet de cheveux dans la soupe. 

 

Car les ressources financières de ce double marché représentaient pour la maison des revenus importants. Les fonctionnaires ont déclaré que les éditeurs avaient été convoqués au début du mois de juillet pour prendre connaissance des décisions prises. 

 

De fait, le ministère de l’Éducation du Rwanda a l’intention de s’approprier la création et l’utilisation des manuels dans les écoles du Rwanda. « Sans les ressources du ministère de l’Éducation, je ne vois pas comment les éditeurs de Fountain vont survivre », assure une source. (via Chimpreports)

 

Voilà deux ans, le gouvernement avait dépensé plus de 7,9 millions $ pour l’achat et la distribution de manuels, ainsi que 1,8 million $ supplémentaire pour des outils pédagogiques, à destination des écoles maternelles, primaires et collège. 

 

Mais désormais, la situation change radicalement : les éditeurs devront produire les manuels, les soumettre au ministère qui achètera les droits et par la suite, procédera à la publication et la commercialisation. Ce qui implique une dépossession nette du marché, et des droits associés.
 

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Avec 1000 titres (manuels, ouvrages universitaires, fiction, tourisme, jeunesse et langue locale), Fountain Publishers avait investi colossalement pour disposer d’une structure éditoriale à même de répondre aux demandes gouvernementales. Un coup dur, donc, et très dur, alors que cette nouvelle approche concernera bien d’autres maisons dans le pays. 

 

Fountain avait par ailleurs mis en place un large réseau de distribution dans le pays, et sur des marchés internationaux, pour couvrir l’ensemble du périmètre. Elle offre également des services de conseils en édition.

 

Des coûts élevés, des manuels problématiques
 

Pourtant, des alternatives existent, du moins se profilent. Et notamment avec l’exemple du Kenya : le développement numérique pour les éditeurs est devenu une solution pour disposer d’une offre économiquement plus viable. Depuis des années, le prix de vente des ouvrages pour les écoles pose un réel problème : en septembre dernier, la taxe de l’État sur les livres, et le renouvellement des programmes, donc des manuels, avait été au cœur d’une véritable colère de la part des parents. 

 

« J’ai quatre enfants, et je dois acheter 21 cahiers d’exercices, et 9 manuels scolaires. Les manuels coûtent presque 6 euros chacun. Si je compare les prix avec mon salaire, je vois que cela n’est pas possible... », indiquait une mère de Nairobi, auprès de RFI Afrique

 

L’offre numérique, notamment portée par l’acteur eKitabu pourrait donc ouvrir la voie à de nouvelles solutions de distribution pour le Kenya, par exemple. Du côté du Rwanda, le développement de l’offre de prêt grâce à la filiale de Rakuten, OverDrive, présente elle aussi des solutions de remplacement. 

 

Certes, le pays ne dispose que d’un faible accès à internet, mais le livre numérique devient, à ce titre, une offre simple et accessible pour les enfants, déjà équipés de smartphones, relève TNPS.

 

Dans une étude produite en décembre 2016, l’UNESCO mettait en avant toute l’importance du marché scolaire. Entre 1970 et 1979 et 2000/2011, la production avait augmenté de 28 % à 50 %. La plus forte hausse était alors enregistrée en Afrique subsaharienne. Toutefois, l’étude pointait que, non seulement, les manuels présentaient régulièrement des défauts de mise à jour – ces dernières n’ayant lieu que tous les 5 à 10 ans.
 

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Les livres posaient aussi problème de la représentation sociale : « Malgré les messages explicites appelant à lutter contre les inégalités de genre, les discriminations fondées sur le sexe demeurent un problème important », notait l’UNESCO.




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