Le SNE et les éditeurs scolaires inquiets de la collaboration Canopé-Amazon

Antoine Oury - 15.03.2016

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - Canopé Amazon partenariat - Amazon éditeurs scolaires - Amazon autoédition scolaire


Le Syndicat National de l'Édition (SNE) et les éditeurs d'éducation ont eu vent de la collaboration entre le Réseau Canopé et le service Kindle Direct Publishing d'Amazon autour de la création de contenus pédagogiques par les enseignants. Les professionnels de l'édition scolaire réagissent et, comme on peut le deviner, ne sont pas vraiment ravis de voir cet acteur américain s'inviter sur leurs plates-bandes.

 

Manuels scolaires

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Évidemment, le ton n'est pas des plus joyeux : la semaine dernière, le Réseau Canopé, éditeur de ressources pédagogiques et organisateur d'ateliers de formation à destination des enseignants, annonçait la mise en place d'une série d'ateliers autour de Kindle Direct Publishing, le service d'autopublication d'Amazon. 

 

Ces ateliers étaient présentés de la manière suivante par le Réseau Canopé, établissement public placé sous tutelle du ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche :

 

[L’animateur de l’atelier] initiera les participants à l’autoédition sur KDP et répondra à des questions telles que : comment je crée la 1ère de couverture? Comment je mets en ligne mon livre et trouve mes lecteurs? Quid des droits d’auteur? Mais également sur des questions liées à leur statut d’auteur : Quel prix pour mon livre? Comment respecter la propriété intellectuelle? Une séance d’information de 1 h (ouverte à tous) sera organisée avant le début des ateliers dans les 6 villes. Une séance de clôture de 1 h (ouverte à tous), dans chaque lieu, permettra de revenir sur les séances passées et de valoriser 1 ou 2 productions.

 

Contacté par ActuaLitté, Jean-Marc Merriaux, directeur général du Réseau Canopé, nous avait expliqué les contours de cette collaboration : le Réseau est régulièrement approché par des industriels, disposant de solutions pédagogiques, pour proposer des formations sur ces dernières. Évidemment, le Réseau vérifie la qualité et l’intérêt pédagogique avec des enseignants, mais est obligé de prendre en compte toutes les propositions, sur un pied d’égalité.

 

« Si la proposition est acceptée, l’industriel nous paye — nous réalisons une marge — et nous proposons de l’ingénierie autour de leurs ressources », nous expliquait Jean-Marc Merriaux dans un effort de transparence. Car, si le Réseau Canopé est sous tutelle, il doit trouver une partie de ses fonds propres. On compte parmi les autres industriels partenaires du Réseau Orange ou ITOP éducation, entre autres.

 

« En tant qu’opérateur public, nous n’avons pas le droit d’exercer de discrimination par rapport aux offres des industriels. Et, juridiquement parlant, nous n’avons aucun élément pour refuser les propositions d’Amazon et accepter celles d’Orange ou d’ITOP éducation », précisait le directeur général.

 

L’autopublication contre les éditeurs traditionnels ?

 

Bien entendu, ces différents éléments à prendre en compte n’ont pas convaincu l’édition scolaire professionnelle, qui dégaine un communiqué au titre ravageur, « Canopé – Amazon : l’Amazonie au secours de l’école ? » Dans celui-ci, SNE et éditeurs scolaires posent une série de questions adressées au ministère de l’Éducation nationale, afin que celui-ci clarifie sa politique en matière d’édition de contenus pédagogiques.

 

Évoquant le contexte de la réforme des programmes scolaires, qui oblige les éditeurs à revoir leur offre pour la prochaine rentrée scolaire, les professionnels interrogent le gouvernement sur sa stratégie pour « le développement de la filière éducative numérique française » quand il traite avec l’acteur américain Amazon en parallèle.

 

Les questions les plus intéressantes sont les deux dernières, qui portent à la fois sur des points techniques et politiques de la relation entre gouvernement et éditeurs scolaires :

 

La promotion d’une auto-édition utilisant le format propriétaire d’un acteur hégémonique américain pour la création de contenus par les enseignants, quand les réglementations qui s’appliquent à la publication par les acteurs publics imposent des publications en format ouvert ou libre, traduit-elle un changement de stratégie publique?

 

L’alliance d’un opérateur d’État avec un acteur américain assez peu soucieux de la protection du droit d’auteur et au cœur de conflits avec l’édition préfigure-t-elle la position du ministère de l’Éducation nationale, voire de la France, sur le droit d’auteur à un moment où celui-ci est attaqué à Bruxelles notamment sous l’influence du lobby puissant des grands acteurs américains que sont les GAFA?

 

L’intégralité du communiqué est disponible ci-dessous :

 

 

  Le partenariat Canopé-Kindle : l’Amazonie au secours de l’école ?