Le Syndicat de la Librairie Française dénonce à son tour le duo Canopé-Amazon

Antoine Oury - 16.03.2016

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - Canopé Amazon SLF - Canopé Amazon partenariat - Syndicat de la Librairie Française


Voilà une association qui fait parler d'elle : la semaine dernière, le Réseau Canopé annonçait l'arrivée d'Amazon parmi les industriels avec lesquels il collabore. L'objectif étant de travailler sur l'autopublication de ressources pédagogiques par les enseignants, qui ont réclamé la mise en place d'ateliers pour mieux utiliser l'outil Kindle Direct Publishing. Sauf que l'édition scolaire française, et désormais les libraires français, s'interrogent sur les motivations de ce partenariat.

 

Kindle (Amazon) - Salon du Livre de Paris 2015

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Quelques jours après la diffusion du communiqué du Réseau Canopé relatif au lancement de ses ateliers autour de Kindle Direct Publishing, le Syndicat National de l'Édition et les éditeurs scolaires dégainaient un communiqué qui posait plusieurs questions au ministère de l'Éducation nationale : « L'auto-édition serait-elle devenue la solution pour s'affranchir de l'édition d'éducation [...] ? » s'interroge notamment le milieu de l'édition. Ambiance...

 

5 questions, au total, posées au ministère de l'Éducation, « tutelle de l'établissement public Canopé » sur ces ateliers KDP très discutés par la profession. Le passif d'Amazon avec l'édition est connu : outre une politique agressive des prix amoindrie en France grâce au prix unique du livre et à la loi dite « anti-Amazon » sur les frais de port et la remise de 5 %, les conflits avec le géant américain sont nombreux, à l'instar de la bataille entre Hachette et Amazon.

 

C'est à présent le Syndicat de la Librairie Française (SLF) qui réagit, avec la diffusion d'un communiqué qui dénonce à son tour l'association avec Amazon et Kindle Direct Publishing : « En privilégiant l’autoédition de contenus pédagogiques, le ministère de l’Éducation nationale, à travers son opérateur Canopé, renie la valeur ajoutée des éditeurs scolaires et des auteurs professionnels et encadrés », souligne ainsi d'emblée le communiqué des libraires.

 

Le SLF évoque ensuite la décision du ministère « d’allouer des moyens publics alimentés par l’impôt à une multinationale américaine qui a fait du non-paiement de ses impôts en France l’un des axes majeurs de sa stratégie » : une accusation un peu à l'emporte-pièce, puisque, comme nous l'expliquions dans notre article sur la collaboration Amazon-Canopé, c'est bien Amazon qui paye tous les services apportés par Canopé.

 

À ce titre, le Réseau Canopé n'a pas une « volonté » particulière de travailler avec Amazon : il y est simplement obligé, en vertu de la non-discrimination que doivent appliquer les établissements publics vis-à-vis des propositions d'industriels qui leur sont faites. Il faudrait plutôt s'alarmer du fait que les professeurs se sont déjà emparés de l'outil KDP, puisque ce sont leurs demandes qui ont donné lieu aux ateliers Canopé-Amazon. Certes, la situation n'en est pas moins cocasse, mais elle découle simplement des statuts du Réseau Canopé.

 

« Pour le coup, on est en train de payer cher le fait de n’avoir pas su s’ouvrir à ce modèle [l'autopublication], ou d’être plus attentif aux systèmes de publication en Creative commons », nous confiait d'ailleurs un éditeur scolaire. Le coche manqué, Amazon s'y engouffre, comme souvent.

 

À l'inverse, le SLF soulève un argument plutôt pertinent lorsqu'il évoque « le monopole d’un système de diffusion numérique totalement fermé qui impose à chaque utilisateur l’acquisition du Kindle d’Amazon et interdit la circulation des contenus ». De la même manière, les solutions Amazon sont — même si des améliorations sont prévues — généralement peu accessibles aux publics empêchés, ce qui est problématique.

 

Comme le SNE, le SLF demande au ministère de l'Éducation nationale « de tout mettre en œuvre pour soutenir et non pas fragiliser cet écosystème qui bénéficie à tous ».

 

Nous reproduisons ci-dessous le communiqué du SLF :