Le tartre de ses dents révèle la première femme moine copiste

Clément Solym - 14.01.2019

Patrimoine et éducation - A l'international - femme copiste manuscrit - pigment tartre dents - lapis lazuli pigments


Passionnante et révolutionnaire découverte que vient de mettre au jour Alison Beach. Historienne travaillant pour l’Ohio State University, elle s’est penchée sur la dentition des femmes au Moyen Âge. Et a pu conclure que ces dernières étaient particulièrement impliquées dans la production des manuscrits – un sport que l’on croyait réservé aux moines copistes.


 

La recopie d’ouvrages dans les scriptoria a laissé à l’esprit une mythologie forte : des hommes, occupés à copier le savoir du monde – sans oublier les sortilèges et malédictions qu’ils ajoutaient, pour préserver les livres.
 

Une découverte inédite mise sous la dent


Dans la bouche d’un squelette exhumé du cimetière médiéval de Dalheim (ville proche de Mayence, en Allemagne), des traces d’un pigment rare ont été découvertes. Christina Warinner, paléogénéticienne de l’institut Max Planck, travaillait initialement à comprendre le régime alimentaire et les maladies qui affectaient les individus de l’époque.

Évidemment, les soins dentaires n’étaient pas répandus : en examinant les résidus de calcaire, il devient possible de remonter le temps. Et d’obtenir une multitude d’informations, parce qu’il piège l’ADN des bactéries présentes dans la bouche – donc ce que mangeaient et buvaient les personnes.

La tombe B78 abritait une femme d’âge moyen, décédée autour de 1100. Le premier élément à intriguer les chercheurs, c’est l’absence d’usure des os : elle devait mener une vie qui, physiquement, n’était pas éprouvante. Puis, en passant sa dentition sous le microscope, les chercheurs découvrent des particules bleues. Une couleur qui lui rappelle les œufs de rouge gorge, totalement improbable. 

 

 

Il suffisait de laisser les chimistes s’amuser alors pour déterminer quelles étaient ces fameuses particules. Verdict : de la lazurite minérale, ou lapis lazulite. Une pierre précieuse, qu’on ne trouvait, au Moyen Âge, que dans le commerce fait avec l’actuel Afghanistan. Réduite en poudre, cette pierre valait plus que l’or, et le pigment bleu vif que l’on en extrayait servait à des manuscrits extrêmement précieux. 

On en retrouve ainsi trace pour les enluminures du manteau bleu de la Vierge. Qu’on le retrouve alors dans la bouche d’une femme posait immanquablement question...
 

Une meilleure identification des professions


Il se pourrait que, dans le cadre d’un rite, elle ait embrassé une image contenant ce pigment. Ou qu’elle se livrait à une médecine à base de cailloux, consistant à ingérer des pierres précieuses pour se soigner. Mais pour l’équipe, une autre idée germe : la présence du pigment s’expliquerait par le fait que cette femme léchait son pinceau, en peignant. Et qu’elle puisse donc avoir travaillé à l’enluminure de manuscrits. 
 
La chercheuse Anita Radini, experte en tartre, a d’ailleurs produit un pigment de lapis-lazuli qu’elle a ingéré. Puis, prélevant de sa propre salive, elle a pu confirmer l’hypothèse d’un pinceau finement léché. 

Le fait est qu’en regard de sa rareté, le lapis-lazuli n’était confié qu’à des artistes de renom. « Le fait de le confier à une femme signifie qu’elle était au plus haut niveau et qu’elle était réputée pour son art », note Alison Beach. « C’est la toute première preuve physique que nous ayons trouvée de l’existence de femmes scribes. » L'ensemble de leurs conclusions a été publié dans Science Mag.

À tort, ou hâtivement, quand les manuscrits médiévaux ne sont pas signés, on a toujours considéré que c’était de toute manière l’œuvre d’hommes. Or, la grande majorité des manuscrits médiévaux n’est pas signée. « Cela suggère que beaucoup de choses sans signature ont été produites par des femmes – du moins est-ce une hypothèse que nous devrions envisager », poursuit l’historienne.

Cette méthodologie pourrait, à l’avenir, s’appliquer pour identifier la présence d’artisans, dans les archives archéologiques : des professions comme potier ou tisserand seraient identifiables par la présence de fibres végétales dans le tartre, par exemple.

Une révolution...

via National Geographic


Commentaires
En un journaliste qui confond denture et dentition. cheese
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