Le torchon a brûlé entre les universités et l’editeur de revues Springer

Victor De Sepausy - 30.03.2018

Patrimoine et éducation - Ressources pédagogiques - Couperin Springer abonnements - revue Springer universités - revues université éditeur


En 2018, les chercheurs français ne liront donc plus les revues SpringerNature : le consortium Couperin.org ne renouvelle pas l’accord national passé avec cet éditeur. Le consortium Couperin est chargé de négocier pour les universités et le ministère de l’Enseignement Supérieur. Il traite directement avec les éditeurs académiques. Et depuis les négociations difficiles de fin d'année, aucune résolution n'a été trouvée.


etudiant au travail
domaine public
 


Coupering.org fait en effet savoir que les dernières propositions de SpringerNature pour le renouvellement des abonnements aux revues Springer ont été rejetées. Lors de la dernière rencontre le 13 mars, l'éditeur déclarait qu’en cas de rejet, les accès seraient coupés. « Ceci a été confirmé par un écrit de leur part », assure Couperin.

Couperin négocie désormais les ressources documentaires de plus de 250 membres, pour environ 2000 contrats. Ainsi que nous le redoutions fin décembre, non seulement l’année 2018 commencerait, pour certains établissements, par des accès coupés, mais cet état de fait se prolongera.
 

De Gruyter, Springer...
Négociations difficiles entre universités et éditeurs

 

Dans un courrier, adressé à ActuaLitté et reproduit ci-dessous, le consortium pose les bases de la situation : 

 

Les chercheurs des organismes de recherche et universités de France ne seront plus abonnés en 2018 aux revues Springer. Les accès jusque-là maintenus seront coupés le 1er avril, selon les déclarations de l’éditeur. 
 

Cette situation intervient après 13 mois d’une négociation acharnée avec SpringerNature, menée par le consortium national Couperin.org. Couperin.org représente plus de 250 établissements d’enseignement supérieur, de recherche et de santé : universités, écoles, organismes de recherche dont le CNRS, hôpitaux comme l’AP-HP, AP-HM ou les Hospices Civils de Lyon. 
 

Les négociations ont abouti à une impasse, conséquence de la divergence d’approche économique entre l’éditeur et les établissements d’enseignement supérieur et de recherche. 


La recherche académique française a mandaté le consortium pour obtenir une diminution du prix du contrat d’abonnement. Cette exigence s’appuie sur une analyse qualitative de la collection Springer et de son usage. 


Le développement au niveau international du mode de publication en open access (libre accès) « auteur-payeur » conduit à une augmentation sensible des contenus publiés en open access dans les revues diffusées sous abonnement payant par SpringerNature. Selon l’étude menée par le consortium Couperin.org, les articles en open access représentent 8 % du contenu des revues sous abonnement Springer en 2017 ; ils ne représentaient que 3 % des contenus en 2014. 
 

Qu’est-ce que le mode auteur-payeur ? 

L’auteur paie à l’éditeur des frais de publication (APC, article processing charges) afin que son article soit publié en open access dans des revues « hybrides » ; une revue hybride publie à la fois des contenus en libre-accès et des contenus sous abonnement, d’où la nécessité de maintenir les abonnements. Paradoxalement, le coût des abonnements augmente malgré l’augmentation de la part des articles accessibles gratuitement. La dépense des établissements augmente deux fois, d’un côté pour payer les frais de publication open access dans des revues sous abonnement payant, et de l’autre pour maintenir l’abonnement à ces mêmes revues, afin d’accéder aux articles accessibles uniquement sous abonnement. 

 

 

L’augmentation continue de la part des articles publiés en open access rend difficilement soutenable le maintien d’une politique d’augmentation des coûts d’abonnement. Elle justifie, au contraire, la demande portée par Couperin.org d’une réduction de prix. 
 

L’éditeur justifie sa politique d’augmentation des coûts d’abonnement par l’augmentation du nombre des articles publiés dans ses 1185 revues, estimée à 3 % par an. L’éditeur démontre une conception purement quantitative de son produit, considéré comme un ensemble d’articles toujours croissant, quelle que soit par ailleurs leur qualité. 


Dans le même temps, l’usage des revues Springer est en diminution et se concentre sur un tiers de la collection : ce phénomène est paradoxal puisque le nombre d’articles disponibles va croissant, il peut légitimement interroger sur l’évolution de la qualité des contenus publiés. Il confirme l’opinion largement exprimée par les chercheurs sur les dangers liés à l’augmentation continue du nombre de revues et d’articles publiés. Cette augmentation du volume des publications scientifiques aurait pour corollaire un appauvrissement général de la qualité des contenus, dénoncent régulièrement les scientifiques. 

 

Après 13 mois de négociation, la proposition faite par SpringerNature comporte toujours une augmentation tarifaire, certes très limitée, mais qui place le tarif proposé bien loin des attentes de la communauté des chercheurs. 


Les coûts toujours croissants de l’information scientifique captent une partie désormais trop importante des budgets des établissements, part qui ne peut être consacrée au financement des activités de recherche ni employée à soutenir la diversité éditoriale. Cette situation représente une menace pour la recherche, alors que les chercheurs sont les producteurs de cette information qu’ils fournissent gratuitement aux éditeurs, et dont ils assurent, toujours gratuitement, l’évaluation et la gestion éditoriale. 
 

L’absence d’accord entre SpringerNature et le consortium Couperin.org représente pour l’éditeur un manque à gagner de plus de 5 M€ par an ; l’inaccessibilité des revues Springer dans les unités de recherche françaises aura sur ces revues un impact négatif en termes de citations et de soumissions d’articles. 
 

Les établissements d’enseignement supérieur et de recherche ne sont plus disposés à voir croître indéfiniment leur dépense d’abonnements ; le développement des contenus disponibles en open access, l’existence de moyens alternatifs d’accès à l’information rendent de moins en moins forte la dépendance des chercheurs et diminuent leur "willingness to pay", leur consentement à payer des sommes toujours plus astronomiques pour accéder à l’information qu’ils produisent et valident au profit des éditeurs. 
 

Livres numériques dans les universités françaises :
pourquoi ça coince ?

 

Le développement de l’open access, incontestable avenir de la communication scientifique, ne doit en aucune manière accompagner ou justifier la poursuite de la dérive des coûts. 
 




Commentaires

De ce que j'ai entendu il est assez facile de publier cher Springer des articles creux ou inutiles. Springer les revend cher, mais cela ne garanti ni leur qualité, ni des revenus aux auteurs.

Les chercheurs sont noyés sous des flots ininterrompus de billevesées et de répétitions sans intérêts autres que d'augmenter le compteur d'articles des universités émettrices. Le manque de sélection de certains éditeurs nuit à tout le monde, et aux chercheurs eux-mêmes, qui perdent davantage de temps à trouver une information utile.

Bref, ce n'est pas une grande perte pour les universités.

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