Le tunnel sous la Manche, jonction entre Europe et Grande-Bretagne

Cécile Mazin - 03.05.2014

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Le 10 décembre 1993, après six années de travaux, le tunnel sous la Manche était achevé. La première jonction entre les équipes françaises et britanniques eut lieu le 1er décembre 1990. Près de 10 000 personnes ont œuvré sur le chantier. Et depuis la mise en service, le 1er juin 1994, plus de 300 millions de voyageurs ont emprunté le tunnel. L'an passé, le département des sciences de la BnF revenait amplement sur le projet, Un exploit technique, un aventure humaine.

 

 

tout droit / straight on

OliBac, CC BY 2.0, sur Flickr

 

L'idée d'une liaison fixe transmanche est ancienne. Depuis1802, ce ne sont pas moins de 138 projets qui ont été présentés. A deux reprises, en 1881 et en 1975, des travaux ont été commencés, puis abandonnés par les britanniques par peur d'une invasion ou par refus de s'engager financièrement. Ce bras de mer peu profond – 54 mètres au maximum avec deux hauts-fonds - et large de 33 kilomètres n'a pas cessé de susciter l'imagination de nombreux ingénieurs français et anglais : tunnels immergés, tube de surface, tunnels forés, bateau sous-marin à voie ferrée, pont mobile, digue… 

 

Dès 1751, lors d'un concours organisé par l'Académie d'Amiens pour l'amélioration des moyens de communication entre la France et l'Angleterre, un géologue français, Nicolas Desmarets, suggère la construction d'un tunnel. En 1802, Albert Mathieu-Favier, ingénieur des mines, présente à Bonaparte un projet de tunnel sous-marin foré, composé de deux galeries superposées. En 1856, l'anglais William Austin propose un tunnel constitué de trois galeries comportant deux voies ferrées avec un revêtement de voussoirs préfabriqués. Cette idée sera reprise dans l'actuel tunnel. Mais le principe d'un long tunnel sous-marin foré nécessite une très bonne connaissance des couches géologiques. Pour contourner cet obstacle, de nombreux projets de tubes immergés, posés sur le fond ou flottant entre deux eaux, ont vu le jour. 

 

Le véritable initiateur du tunnel foré fut l'ingénieur Aimé Thomé de Gamond. En 1856, il présente un projet de tube de neuf mètres de diamètre comprenant une double voie de chemin de fer dont la ventilation est assurée par treize îlots artificiels avec puits. Reposant sur des études géologiques approfondies, ce projet reçut un accueil favorable de Napoléon III et de la reine Victoria. Mais il faudra attendre 1881 pour qu'une première galerie soit creusée à 29 mètres de profondeur sous la mer. En 1883, les Anglais interrompront les travaux pour des raisons de sécurité. Dans les années 1960, le projet de tunnel reprend vie.

 

Le Groupe d'études du tunnel sous la Manche (GETM), une société franco-britannnique, présente un projet de tunnel ferroviaire conçu pour faire passer des trains et des véhicules embarqués. Les travaux commencés en 1973 seront arrêtés en 1975 par les autorités britanniques pour des raisons financières. Ils reprendront en 1987, et cette fois le projet ira à son terme. Le choix technique portera sur trois galeries parallèles : deux galeries ferroviaires permettant le passage de trains et de navettes transportant des voitures, camions et autocars et une galerie de service. Les galeries seront reliées entre elles tous les 250 mètres par des tubes (appelés rameaux) servant à équilibrer la pression lors du passage des trains. Quant au tracé du tunnel, il est loin d'être rectiligne ; il n'est ni en ligne droite ni horizontal car il suit la couche de craie bleue, une roche solide et imperméable.

 

En 2012, ce sont plus de 20 millions de personnes qui, tous moyens de transport confondus, ont emprunté le tunnel. Plus de 9 millions de passagers empruntent chaque année l'Eurostar, et 400 trains parcourent chaque jour, sept jours sur sept, les 50,5 kilomètres de tunnel qui séparent la France de l'Angleterre, dont 38 kilomètres sous la mer à une profondeur moyenne de 50 mètres sous le niveau de la mer, et 75 mètres pour le point le plus profond. 

 

A l'occasion des vingt ans de l'achèvement des travaux, le département sciences et techniques présente, en salle C, une sélection de documents et de ressources consultables dans les salles de lecture ou sur Internet.

 

 

 

Renau, Jean-Pierre Louis-Joseph-Aimé Thomé de Gamond : 1807-1876 : pionnier du tunnel sous la Manche : ingénieur français : héros et victime d'une magnifique idée fixe. Paris : l'Harmattan, 2001 Tolbiac-Rez-de-jardin – magasin – [2002- 743] Thomé de Gamond a tout imaginé pour concrétiser son rêve : des ponts, des bacs et même un isthme qui couperait froidement le channel... Mais surtout, il s'enflamme pour un tunnel (qu'il imagine d'ailleurs très exactement sur l'emplacement du tunnel actuel). Il le dessine, dans ses premiers projets, avec une île à mi- parcours, merveilleuse escale pour les trains fatigués, les passagers en manque d'air pur et les bateaux embarquant les croisièristes...

 

Bouchet, Christophe Le chantier du siècle : le tunnel sous la Manche. Paris, Solar, 1991. 116 p. Tolbiac-Rez-de-jardin – magasin – [4-V-54131] Trois tunnels, comme les points de suspension d'une histoire tourmentée entre deux puissances un jour amies, un jour ennemies. Une relation orageuse qui n'aura, en deux cents ans, jamais tempéré les projets les plus fous pour relier l'Angleterre au continent. Un catalogue étonnant, des locomotives sous-marines aux ponts en passant par les digues, tunnels ou tubes. Ce livre raconte l'histoire extraordinaire du chantier du siècle.".

 

Cozette, Philippe Nous les hommes du Tunnel !. Lille, Ed. Europe Nord
médias, 2005. 120 p.
Tolbiac-Rez-de-jardin – magasin – [2005- 319292] Philippe Cozette est le premier piéton sous la Manche, l'homme qui, le 1er décembre 1990, avec son homologue Graham Fagg, fit tomber la dernière paroi du tunnel de service entre la France et l'Angleterre. Il a fait partie des « hommes des tunneliers », ces engins longs de plus de deux cents mètres avec leur train de service, conduits par de véritables « équipages.

 

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