Leçon inaugurale : Alain Mabanckou fait sensation au Collège de France

Cécile Mazin - 18.03.2016

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Lettres noires : des ténèbres à la lumière. Ce 17 mars, Alain Mabanckou inaugurait sa première leçon inaugurale au Collège de France. Premier écrivain à occuper la chaire dédiée à la création artistique, ouverte depuis 2005, le romancier a fait forte impression. D’autant qu’il incarne bien plus qu’une simple présence d’auteur : le Collège souhaitait par là même offrir aux études africaines « la place qu’elles méritent ». 

 

 

 

C’est avec bonheur qu’Alain Mabanckou a reçu cette cooptation, et honneur que d’être le premier écrivain à occuper cette chaire, « mais aussi pour cette ouverture à la littérature francophone africaine. Littérature vibrante et riche, en terme de langue, d’histoire et d’enseignements sur notre passé commun ; littérature en résonnance. »

 

Au micro de France inter, le jour même, l’écrivain assurait « quand Antoine Compagnon [chaire de littérature, NdR] m’a sollicité pour le Collège de France, j’ai cru que c’était un spam. »

 


Alain Mabanckou : "Il faut arrêter de... par franceinter

 

 

Dans son discours inaugural, il a largement insisté sur ce point : en ces lieux, totalement bondés pour l’occasion, en dépit des 430 places, il a réaffirmé la volonté du Collège de « combattre l’obscurantisme et convoquer la diversité de la connaissance ». Au fil de son discours, Penser et écrire l’Afrique noire, le titre de son intervention, il a souligné la dimension humaniste de l’établissement, rappelant qu’à sa création en 1530, les Africains n’étaient pas considérés comme des êtres humains. 

 

Et avec humour de souligner qu’en Sénégambie, un cheval valait entre 6 et 8 esclaves – ce qui l’a toujours tenu loin de la pratique de l’équitation. « Tout cela est, certes, de l’histoire, tout cela est certes du passé, me diraient certains. Or, ce passé ne passe toujours pas, il habite notre inconscient, il gouverne parfois bien malgré nous nos jugements et vit encore en nous tous, car il écrit nos destins dans le présent », assurait-il, cité par l’AFP. 

 

J’appartiens à une génération d’écrivains qui brisent les barrières, refusent la départementalisation de l’imaginaire parce qu’ils sont conscients que notre salut réside dans l’écriture, loin d’une factice fraternité définie par la couleur de peau ou la température de nos pays d’origine. Cette écriture qui devient alors à la fois un enracinement, un appel dans la nuit et une oreille tendue vers l’horizon.

 

Pourtant, si cette entrée en matière, et le discours qui s’en suivit furent largement salués, la leçon inaugurale n’en était pas moins accompagnée d’une polémique alimentée par Mabanckou lui-même. 

 

En présence de la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, ainsi que de George Pau-Langevin, ministre des Outre-mers, ou encore de Dany Laferrière, académicien et ami de longue date, Alain Mabanckou n’a pas raté l’occasion. Déjà le matin, il avait ironisé sur le comportement du ministre de la Culture du Congo, qui avait refusé d’assister à cette rencontre. De même, il égratignait le Salon du livre, déplorant le rapprochement de Brazzaville et Pointe-Noire, considérant que la liberté d’expression dans ces deux endroits n’était pas la même.

 

« Je sais que j’ai piqué une colère et qu’il paraît que le ministre de la Culture du Congo est en train de s’exciter, de trembloter quelque part », assurait le romancier sur France Inter. « Si un ministre de la Culture du Congo ne vient pas au Collège de France et qu’il y a la ministre de la Culture française qui est là, la secrétaire de l’Organisation internationale, même les ambassadeurs de Suède et de Hongrie, je me demande si je suis Franco-Congolais ou bien Franco-Suédois ! »

 

Et d’en rajouter une couche, en parlant du ministre congolais comme le « ministre de l’inculture ». L’ambassadeur du Congo à Paris, Henri Lopes, était présent, mais Alain Mabanckou a insisté : c’est le confrère écrivain qui était convié. « Quand j’invite Henri Lopes, mon grand frère, je n’invite pas l’ambassadeur. [...] Je ne peux pas considérer qu’Henri Lopes est venu représenter le Congo. J’ai constaté la débâcle des instances congolaises qui estiment que les élections qui se passent là-bas sont plus importantes que l’entrée de la littérature africaine au Collège de France. »