Les 313 manuscrits du général de Gaulle rejoignent le domaine public

Julien Helmlinger - 20.11.2013

Patrimoine et éducation - Patrimoine - De Gaulle - Manuscrits - Lettres


A tous les Français. En considérant que les archives placées sous séquestre étaient publiques, le tribunal de grande instance de Paris a finalement tranché ce mercredi 20 novembre, ordonnant en conséquence la restitution à l'Etat des quelque 313 documents manuscrits rédigés par le général de Gaulle entre décembre 1940 et décembre 1942. Ces archives regroupent des messages adressés à des cadres de la France Libre, à Churchill ou encore Staline.

 

 

 


Pour la justice, ces archives publiques sont « imprescriptibles et inaliénables » et reviendront aux archives nationales plutôt qu'à des musées privés. Par l'intermédiaire de son ministère de la Culture, rapporte l'AFP, l'Etat réclame désormais la restitution de ces documents conservé par le musée des Lettres et manuscrits, placés sous séquestre depuis 2012.


Avant d'être acquis par le musée privé situé au 222 boulevard Saint-Germain à Paris, ces archives avaient été conservées 70 années durant par la secrétaire particulière du général, Marie-Thérèse Desseignet, et transmis à ses descendants. Lors de l'audience du 16 octobre, devant la première chambre civile du Tribunal de Grande Instance de Paris, la magistrate du parquet a expliqué : « Il ne s'agit pas de faire main basse sur des documents mais ces documents seraient entre de bonnes mains aux archives. »


Maître Cazin d'Honincthun, représentant le musée avait quant à lui estimé que les documents ne pouvaient pas « être assimilés à des archives publiques car le général de Gaulle ne représentait pas une autorité d'Etat, ni le Comité français de libération nationale un gouvernement à cette période ». Argument rejeté par Maître Burel, avocat du ministère, qui a cité la jurisprudence et notamment celle du Conseil d'Etat, ayant distingué « Vichy et le maréchal Pétain comme une autorité de fait et le général de Gaulle comme un gouvernement de fait, coexistant et représentant (tous les deux) la France ».

 

Selon le musée privé, qui les avait en partie exposés entre fin 2011 et avril 2012, les documents dont il est question « concernent majoritairement les ordres que le général de Gaulle donne à ses compagnons, cadres dirigeants de la France Libre, chargés de piloter les combats militaires et politiques de la liberté au Moyen-Orient, en Afrique et dans le Pacifique ».


« Ils portent presque tous sur la période 1941-1942 et sont majoritairement destinés aux généraux de Larminat, Catroux, Koenig, Legentilhomme, Petit, Leclerc, à l'amiral Muselier, à l'amiral d'Argenlieu, à Pleven, Cassin et Palewski. Ils sont adressés de façon plus exceptionnelle à Churchill, Dejean, Tixier, Félix Eboué, et par ailleurs, quelques messages uniques sont adressés à Staline et au docteur Schweitzer. »


Visiblement, le 18e président de la République n'était pas un grand collectionneur de paperasse. Selon la famille de Marie-Thérèse Desseignet, l'ancienne secrétaire particulière du général aurait contacté plusieurs fois Charles de Gaulle après la guerre afin de lui restituer ses brouillons et autres manuscrits. « A chaque fois, le général lui répondra : " Gardez-les ! Ils sont entre de bonnes mains " ».