Les “besognes alimentaires” de Simenon, ou le métier d'écrivain

Nicolas Gary - 18.07.2019

Patrimoine et éducation - Patrimoine - Georges Simenon - besognes alimentaires - métier écrivain


Le Belge Georges Simenon, soutenu et épaulé par l’insatiable André Gide, c’est toute l’histoire de l’édition française, dans la première partie du XXe siècle qui s’écrit. L’annotation des romans du romancier liégeois et leur correspondance, particulièrement abondante, démontrent la fascination exercée par les livres de Simenon. Et ce dernier lui rendait une confiance totale. 

Lettre de Simenon à André Gide
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

« Simenon est un romancier de génie et le plus vraiment romancier que nous ayons dans notre littérature d’aujourd’hui », avait écrit Gide cette même année, reconnaissait qu’il ne parvenait pas à saisir l’entièreté de l’homme. Dans le cadre de l’exposition qu’abritait la galerie Gallimard, Gide l’inattendu, on retrouve à ce titre l’une des lettres que Simenon adressa à Gaston Gallimard, l’éditeur et fondateur de la maison éponyme, le 15 février 1941. 

Si l’on évoque encore le « mystère Simenon » de nos jours, la réalité est parfois bien plus triviale. 

Dans ce courrier, qui accompagne la première partie de Pédigree, Simenon demande à l’éditeur de « soumettre à André Gide » ce début de texte. Et d’ajouter « vous ne sauriez croire à quel point je suis heureux de le voir accepter cette lecture — et anxieux de son opinion ». 

Mais voilà, les avances versées par un éditeur sont ce qu’elles sont — quand elles sont versées — et Simenon, débarqué à Paris en 1922, vit entre la Vendée et la Charente-Maritime, durant l’Occupation. Une période peu connue dans la biographie de l’homme — sans collaborer avec les nazis, il se montre néanmoins un peu lâche…

Travailler de longs mois à son livre “sinon davantage”

Reste que l’auteur se plaint, donc, à son éditeur : « Dans 3 semaines en effet j’en aurai fini, je l’espère, avec toutes les besognes alimentaires et rêve de travailler sans arrêt à Pedigree pendant de longs mois sinon davantage. J’aimerais que vous le lisiez aussi et que vous me donniez par retour votre première impression. »

Les « besognes alimentaires », ce sont toutes ces publications qu’il fait pour manger — en Vendée, il lui fut toutefois reproché son train de vie opulent, alors que l’on vivait à l’ère des tickets d’alimentation...
 
Rappelons que Georges Simenon confia en 1947 les droits d’édition de ses livres à Sven Nielsen, qui avait fondé les Presses de la Cité. Il quittait alors les éditions Gallimard, ayant publié l’année précédente, en octobre 1946, Trois chambres à Manhattan. Ce fut le 46e ouvrage de la maison, et jusqu’en 1981, sortirent 141 livres signés de Simenon, avec 300.000 exemplaires de tirage moyen. 

À ce titre, Pedigree, dont il est question dans le courrier, fut rédigé entre 1941 et 1943, et retravaillé sur les conseils d’André Gide, pour être publié le 15 octobre 1948… aux Presses de la Cité. 


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