Les Bibles de Michael Gove, certifiées et financées par le Tory

Clément Solym - 21.05.2012

Patrimoine et éducation - A l'international - bible du roi James - Michael Gove - Tory


Michael Gove, ministre de l'Éducation britannique, entendait fêter dignement le 400e anniversaire de l'édition de la Bible du Roi James, en distribuant aux écoles du pays des exemplaires de l'ouvrage. Seulement voilà : la crise, sans foi ni loi, est venue bouleverser ses plans à 370.000 £. (voir notre actualitté) Qu'il se rassure ! Les membres du Tory (le parti conservateur) sont venus à sa rescousse et lui ont permis de réaliser son rêve.

 

David Cameron avait senti venir le calvaire, si cette opération philantropico religieuse avait été financée par l'argent public : pas de problème, Michael Gove s'est trouvé une équipe de choc pour pourvoir à ses besoins, soit les têtes pensantes - et dépensantes - du Tory, le parti conservateur de la Grande-Bretagne.

 

 

L'équipe : Lord Stanley Fink, ancien cotrésorier du parti, et rentier notable, Lord Robert Edmiston, chrétien évangélique fondateur de l'association caritative Christian Vision, Ramez Sousou, Michael Farmer ou encore un certain Lord Harris, ayant tous pour point commun d'être des donateurs réguliers, véritables soutiens au parti de David Cameron.

 

Cela dit, Michael Gove se défend bien de toute idéologie : « Je crois qu'il est important que tous les élèves, de toutes les confessions ou sans confession, devraient apprécier cette icône et son impact sur notre culture et notre démocratie » explique-t-il dans la lettre qu'il a fait parvenir en même temps que ses bibles. Pas gêné de s'attribuer les droits d'auteur de la puissance supérieure, Gove est allé jusqu'à dédicacer personnellement chaque exemplaire. Il souligne dans la lettre que les bibles ont été achetées avec les fonds d'individus « qui partagent mon avis sur ce livre et sa place unique dans l'histoire et la culture de notre nation. »

 

Dans les écoles, la réception a été plus ou moins enthousiaste : « Je travaille dans une école primaire du centre-ville, et il n'y a aucune chance pour que nos élèves comprennent et lisent l'anglais utilisé dans ces bibles » confie un instituteur de Sheffield, en rangeant la bible sur une étagère d'où elle descendra rarement, d'après ses propres dires. Un autre ne prend pas de détours : « Financées avec des fonds privés ou non, nous aurions pu utiliser cet argent d'une façon plus appropriée pour nos écoles. »

 

S'il y en a que ça arrange, c'est la Oxford University Press, chargée de l'impression des sacrées bibles : Andrew D. Hamilton, vice-chancelier de l'Université d'Oxford pourtant très critique vis-à-vis de la politique éducative de Cameron, ne s'est pas fait prier pour valider la commande.

 

Curieusement, l'opération a reçu son plus solide soutien de Richard Dawkins, athée convaincu, qui a mis en avant l'apport culturel d'une lecture des textes fondateurs : « Un individu dont la langue maternelle est l'anglais et qui n'a pas lu un seul mot de la Bible du Roi James, est à la limite du barbare » a-t-il soutenu à l'Observer.

 

Après la distribution de Corans dans les rues de l'Allemagne, en avril dernier, les missionnaires semblent en pôle position...